samedi 20 avril 2013

Chassez le naturel

HAPPY BIRTHDAY 

CHHAY LEANG, SREY KEO et NOUNOU SREY !!!


Tout avait pourtant bien commencé

Et puis non !
Les gros gâteaux avec-de-la-crème-qui-dégouline furent rapidement dévorés, trop de crème sans doute ? !



Même notre sage Somnang n'a pas dérogé à la tradition

Et ensuite il reste le nettoyage...

 http://blogdemarieo.blogspot.fr/2012/10/la-cerise-sur-le-gateau.html

vendredi 19 avril 2013

Parce qu'elles le valent bien

Depuis une année, Chany et Chana sont scolarisés dans une école spécialisée où elles apprennent la langue des signes.
Krousar Thmey est une association crée en 1991 dans les camps de réfugiés en Thaïlande. Au départ tournée vers les enfants défavorisés, elle va très vite se consacrer principalement à l'éducation de jeunes aveugles d'abord puis de jeunes sourds.
Krousar Thmey élabore alors les outils adaptés qui n'existent pas au Cambodge, le braille khmer et la langue des signes khmers, imprime des ouvrages en braille,  innove des méthodes pédagogiques spécifiques. L'objectif est de permettre à ces enfants, à travers un système d'éducation spécialisée, d'accéder à l'enseignement de l'Education nationale cambodgienne. 
Chany et Chana ont pu intégrer cette école même si leur handicap n'est pas la surdité mais l'absence de communication orale. A raison de cinq demi journées par semaine, elles se rendent dans l'école de l'autre coté de Phnom Penh. Eléphant Blanc finance le transport en motodop car elles doivent traverser la ville, attrapant le boulevard Monivong dans toute sa longueur. Elles ont, depuis une année, fait d'incroyables progrès, dans leur envie de communiquer, de partager, de se faire comprendre. 
Chana


Jeux de mains
Chany

Chany ? Chana ? Chana ? Chany ?  Parfois je renonce !

Chana





Abandonnées à la maternité, Chany et Chana sont les seules de Kien Kleang à n'avoir réellement aucune famille, aucune racine. 

Alors dimanche dernier lorsqu'elles ont vu peu à peu l'orphelinat se vider elles se sont fabriquées  un passé. Elles ont préparé leurs sacs, chargés de vêtements et d'une dosette de shampoing, y ont glissé quelques gâteaux secs et un élastique à cheveux. Elles ont fermé la porte du pavillon des filles, et sont allées chercher le motodop d'en face, celui  qui les accompagne à l'école
Et puis à grand renfort de signes, elles se sont expliqués.  
Le temps d'un après midi, elles ont joué, faisaient elles semblant ? Se sont-elles inventées la vie qu'elles n'ont jamais eu ?  Ont-elles espéré si fort qu'elles ont fini par y croire ?  
Nous avons très bien compris, Chany et Chana partaient, elle aussi, dans leur "homeland", retrouver leur maison et ce foyer dont tous les enfants parlent tant.
Les sacs sont prêts
La maison là bas, toute une histoire...




Pour en savoir plus sur Krousar Thmey
http://www.krousar-thmey.org/html/index.php
Le fondateur de l'association
http://www.ambafrance-kh.org/Benoit-Duchateau-Arminjon-nomme
Post sur Chany et Chana d'octobre 2010
http://blogdemarieo.blogspot.fr/2010/10/autoportraits-et-portraits.html

jeudi 18 avril 2013

Au troisième jour

Au troisième jour, c'est la vraie de vraie entrée dans la nouvelle année.
En début d'après midi, Kosal, Sophal, Dimang, Pov, Srey Kéo, nounou Srey et moi avons, nous aussi, déserté l'orphelinat et embarqué pour Koh Dach, l'île de la Soie. 
A une dizaine de kms de Phnom Penh, une fois franchi le Mékong assagi, Koh Dach s'offre dans toute sa lascivité  comme un souffle paisible. Les fleurs de frangipaniers dans leur pleine éclosion, les manguiers croulant de fruits dorés enivrent l'air de leurs notes sucrées. Les hautes maisons sur pilotis abritent sous beaucoup d'entres elles un métier à tisser.  Autrefois produits au Cambodge, les fils de soie sont maintenant quasiment tous importés du Vietnam. La fureur khmers rouges a aussi emporté sur son passage, mûriers et souches de vers à soie. Mais le travail de tissage reste artisanal, teinture, filage, installation sur le métier, ces opérations peuvent prendre  trois jours avant de commencer à passer et repasser la navette entre les fils pour produire en une journée un ou deux mètres de tissu. Une petite manufacture de tissage s'est aussi développée employant les jeunes filles de l'île.
Aujourd'hui pas de tissage, les habitants sont réunis par petits groupes tout au long des routes et chemins et gare à ceux qui tentent le passage. Musique à fond, les passants téméraires sont pris d'assaut, aspergés, maquillés de talc parfumé, ils ne passeront pas sans avoir donné leur obole, quelques riels pour poursuivre jusqu'au prochain arrêt ! C'est la règle, ce troisième jour, fête de l'eau est dédié aux dons et tous se prêtent au jeu. Dans une atmosphère bienveillante, jeunes, vieux, enfants esquivent quelques pas de danse, mettent un billet dans l'assiette, et repartent trempés et poudrés. 
 


Le DJ et son installation impressionnante de baffles, digne d'un concert de U2


La  "trésorière"  récupère les dons 
Les dons récoltés seront reversés aux moines, pour la rénovation, la construction, et l'entretien de leurs temples. Les pagodes du Cambodge hébergent des jeunes sans famille ou très démunis, leur permettant d'être scolarisés, nourris et sécurisés.


Nous nous sommes installés dans la maison d'une lointaine cousine de nounou Srey, d'autres parentes sont déjà là, l'eau mise à chauffer sur la cuisinière à bois va servir au thé, la sieste s'impose, couchée à même le carrelage pour  y trouver un peu de fraîcheur.





Les enfants du village se précipitent pour savoir ce qui se passe dans la maison d'à coté
Le soir venu, nous partons à la pagode, j'ai pu éviter sournoisement la jupe empesée, raide comme du carton que nounou Srey avait encore une fois glissé dans son sac pour moi, négociant seulement le chemisier blanc un peu trop étriqué. Nous allons honorer le crocodile, roi du fleuve, maître des eaux  qui apporte chance, force et prospérité pour toute l'année.
Comme une pièce de théâtre, les participants vont se mettre en place sous la houlette des anciennes du village, les filles assises en deux files de chaque coté de la pagode, les hommes debout au fond. Tous ont quitté les vêtements mouillés et poudrés pour enfiler chemise et jupe traditionnels ou pantalon propre. Commence alors un étonnant dialogue entre chaque équipe. Les chants s'élèvent alternativement, les femmes sur un rythme de balancement rament de leurs deux mains au sol, les hommes répondent en mimant le mouvement du bateau qui chaloupe.  


Entre deux tempos, les femmes, s'avancent au milieu, chantent et dansent, invitent et repoussent, dans un simulacre de séduction.

Tout se termine dans un chahut potache et une salve d'applaudissements, la fête se poursuit dehors, danses très kitsch sur une musique sirupeuse à souhait. Cette cérémonie, est aussi païenne que déjantée,  et je n'y ai pas vu l'ombre d'une tunique orange de moines. Ce dernier soir, les pagodes sont laissées à la disposition des habitants, et s'y expriment, danses, chants, jeux, célébrations particulières inspirées des légendes de chaque village, dans un joyeux débordement.
Après quoi nous allons nous coucher mais pour d'obscures raisons à la mode khmer, nous traversons la rue pour squatter la terrasse de la maison d'en face.

La lointaine cousine de nounou Srey en a la  garde pour des riches phnompenhois qui n'y viennent que le week end.
Sur le coup de 23h, Dimang a comme une petite faim, ça tombe bien parce que le nouvel an est maintenant vraiment fini alors nounou Srey  dit qu'on peut bien emprunter un peu de fruits destinés à Bouddha, qui sont là sur l'autel de la maison. Du coup on boulotte les oranges et les bananes mais laissons la pastèque et la boisson, il parait que comme ça Bouddha ne sera pas fâché.
La nuit est rude, peuplée de mille bruits, meuglement du crapaud buffle, appel strident du gecko, aboiements sporadiques des chiens, couchée sur une mince natte, je me  félicite d'avoir fourré au dernier moment dans mon sac mon bouquin et ma lampe de poche.
Le lendemain, nous traînons, peu pressés de quitter la douceur de l'île, et comme on ne s'en va jamais les mains vides de Koh Dach, (http://blogdemarieo.blogspot.fr/2010/10/koh-dach.html) nous repartons chargés de dizaines de kilos de mangues fraîchement cueillies.
Vraiment difficile d'en repartir de Koh Dach ! 
Ps: Les photos de la soirée du crocodile ont été prises par Srey Kéo et peu exploitables. Moi j'étais occupée à ramer, et à maintenir la cadence sans perdre pied !