Affichage des articles dont le libellé est Cambodge Kho Kong. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Cambodge Kho Kong. Afficher tous les articles

dimanche 30 juillet 2017

Kho Kong intermède

Kho Kong c'est une province à l'ouest du Cambodge, frontière de la Thailande. Bordée par la mer et retenue par les montagnes des Cardamones, c'est un passage pour les touristes venus au Cambodge par la cote. Mais Kho Kong c'est aussi un petit port paisible, où le vélo n'a pas disparu du paysage, où la traversée d'une route n'oblige pas encore à slalomer imprudemment entre voitures, tucks tucks, motos et camions. Depuis mon passage en 2011, les dragueurs de sable ont disparu redonnant à l'horizon sa respiration. 



La rue principale de Kho Kong




Avis aux parents inquiets et aux copines de la PMI, ceci est le toboggan (utilisé bien sur) par les enfants de l'école élémentaire





ça pourrait devenir une jolie petite plage si ce n'était le dépotoir...
A Kho Kong l'association (*) supporte un orphelinat géré par le gouvernement. Nous y fournissons nourriture, produits d'hygiène et salarions la nounou qui veille aux 12 jeunes actuellement sur place. En réalité très peu d'entres eux sont réellement orphelins. Issus de famille trop pauvres, ces jeunes espèrent un meilleur futur en intégrant une structure qui leur donne à manger, un lit et leur permet une scolarisation. La politique du gouvernement tend à renvoyer les enfants dans leur famille (au sens large de la notion de famille cambodgienne, tante, grand-mère, cousine etc...). Nous devons donc réfléchir à accompagner cette démarche et proposer des solutions à ceux qui n'ont aucun parent pour les recevoir. Notre prochaine mission s'avère donc un vrai défi à relever.
L'orphelinat de Kho Kong
Vanthet tente de donner un cours de crochet à Srey Pich  

Chan et Chanta aussi tricheuses l'une que l'autre




Chanta devant les beignets du gouter

Le filet va du coté du vent

Chanta et Paney 
Paney le dernier arrivé

Jeux de société

(*)vous pouvez retrouver les articles sur mon blog sous le libellé 'Kho Kong' 

samedi 29 juillet 2017

L'aventure au coin de la route

Je devais aller à Kho Kong pour faire un point sur l'orphelinat de l'association, Elizabeth, qui y est bénévole depuis plusieurs mois, rentrait avec moi après quelques jours à Phnom Penh.
Il y a d’abord eu le départ poussif de Phnom Penh. Après une grosse demi-heure de retard, jusqu’à là rien à dire,  nous avons fini par nous installer dans le minibus à 14h. Nous avions préféré le minibus, un peu plus cher car plus rapide (c'est vous dire...) au bus classique. Une confiture de traffic plus tard comme disent les anglais ("traffic jam") nous stoppons à l’arrêt suivant à peine sorti de la ville.  Pich, (que l’on a embarquée avec nous parce-qu’elle-apprend-le-français-et-parle-un-excellent-anglais-en-plus-d’être-totalement-disponible-et-surtout-tellement-agréable),nous explique que nous attendons un dernier passager. Quelques très longues minutes après (longues genre comme 45 min !) le passager enfin arrivé, nous voilà repartis.
La route pour Kho Kong  à la sortie de Phnom Penh traverse de larges zones de manufactory.  D’immenses complexes où s’installent les multinationales qui nourrissent nos pays de leurs jeans, chaussures, tee shirts et autres produits. 

Et ce sont des milliers d’ouvriers, plutôt d’ouvrières pour la grosse majorité,  qui débauchent en fin d’après-midi, s’entassant dans des vans pour rejoindre leur village. 


La route plutôt correct jusqu’au croisement de celle de Sihanoukville, devient nettement plus périlleuse et sinueuse sur son autre partie. 
                       
Elle frôle alors la chaîne des cardamones, victime des intempéries fréquentes et intenses qui balaient le ciel entre mer et montagne. La  pluie qui s’averse depuis notre départ a inondé la chaussée masquant les énormes trous que le chauffeur prend  à la volée.  Nous stoppons en rase campagne pour une roue crevée et fort à propos un camion de « dépannage » est installé à proximité. 
                        
La pièce manquante à la réparation est aussitôt envoyée chercher par le jeune apprenti et nous repartons quelques très longues minutes après (longues genre comme 50 min !)
Un arrêt pour récupérer un paquet, un autre pour déposer une jeune fille,  un encore pour manger, très important ça l’arrêt cantine. Inratable quelque soit le temps perdu…


Le jour s’est assoupi  depuis un moment et la pluie ne fait pas relâche.
Le chauffeur met les pédales doubles pour rattraper son retard, doublant allègrement en troisième position, en cote, en virage, franchissant la ligne continue qui ne sert  ici qu'à repérer la chaussée, répondant  à multiples reprises à son portable qui n’a pas cessé de sonner… dommage il en oublie au passage de s’arrêter prendre un client…
Qu’à cela ne tienne, quelques très longues minutes après (longues genre comme 20 min) en s’en apercevant il fait demi-tour presto pour récupérer la passagère égarée, ha mais ! il ne sera pas dit que le service n’est pas rendu…
Déposées avec de très longues minutes de retard (longues genre comme 130 min), nous n’étions finalement plus si pressées d’arriver.


mercredi 21 mars 2012

Souricette

Souricette, c'est le doux nom de Yolle, celui que lui donne affectueusement Anne Marie. Yolle, la souricette, le malicieux lutin de Kho Kong. 

Rappelez vous, je vous en ai déjà parlé de cette petite fille, de son hospitalisation de plusieurs mois pour une opération lourde du genou. Des semaines passées en rééducation, à réapprendre, se tenir droite,  faire un pas puis un autre,  plier sa jambe,  s'agenouiller, se relever. Yolle et son incroyable envie d'être debout, sa volonté d'avancer malgré la douleur. Après sa première intervention et jusqu'à la consolidation de ses os,  elle n'a plus le droit de sauter ni de courir, quelle contrainte pour elle,  petit feu follet bondissante et audacieuse.  Alors,  durant ses longues heures d'immobilisation,  la souricette, privée de ses entrechats, va s'acharner à étudier, le français, l'anglais, le calcul, avec Anne Marie toujours auprès d'elle.
Anne Marie lui ouvrira  grand la porte de la lumière, la nourrissant de riz, de gâteaux et de poulet mais plus encore de lectures, de savoirs, de rires et de jeux. 

Yolle à l'hôpital de Khanta Bopha

Yolle en visite à Kien Kleang en octobre 2010.

Yolle est arrivée à l'orphelinat de Kho Kong au cours de l'année 2009 avec ses deux soeurs et son frère. Ses parents, trop pauvres, ont préféré les confier à l'orphelinat. C'est ainsi au Cambodge, les orphelinats sont aussi  le lieu où les enfants ont une chance d'être nourri et scolarisé. Heang avait alors 12 ans et n'avait jamais été à l'école, Tuor présentait de nombreuses cicatrices dont on ne peut que supposer l'origine, Yolle traînait une jambe handicapée d'un genou gonflé et déformé.
 
Heang, Seiha, Huor et Yolle à leur arrivée à l'orphelinat de Koh Kong mi-2009

Les soeurs et frères ont pu manger, se laver, aller à l'école, jouer à des vrais jeux d'enfants, Yolle a pu être opéré,  a recommencé à courir et à sauter, elle a rencontré sa grande amie, Chan arrivée quelques mois après elle avec comme bagage un sac lourd d'une histoire douloureuse. Leurs parents gardaient le lien, leur rendant visite de temps en temps.
Et puis cette semaine nous avons appris que la fratrie a été rendue totalement à leurs parents, Heang et Seiha sont retournées vivre avec leur père dans la campagne de Kho Kong,  Huor et Yolle ont été emmenés par leur mère qui vit en Thaïlande, pas loin de la frontière. La raison de leur départ reste mystérieuse, les parents auraient entamé des démarches administrative pour reprendre les enfants. Le directeur de l'orphelinat de Koh Kong (si peu présent qu'on finit par l'oublier)  aurait accédé à leur demande, ouvrant le parapluie en faisant signer un document à la famille le dégageant de toute responsabilité.
On pourrait s'en réjouir, malgré la négligence, malgré les difficultés, malgré la misère, oui on pourrait se réjouir de la place retrouvée de ces enfants auprès de leurs parents.
Mais en réalité nous sommes inquiets, terriblement inquiets.
Nous ne savons rien des nouvelles conditions de vie des enfants. Rien ne nous confirme ou infirme que celles ci aient effectivement évolué depuis trois ans.
Vont-ils retourner à l'école?  Quels vont-être les liens entre les enfants partagés entre leur père et leur mère? Quel avenir pour Yolle et Huor en Thaïlande? Quel sera le quotidien des deux soeurs, l'aînée et la plus jeune à quelques kilomètres de Kho Kong? Comment va réagir Chan la grande copine, à l'absence de Yolle?
L'environnement sécurisant de l'orphelinat leur a permis de grandir, leur garantissant les soins de base et  une stabilité nécessaire à leur développement social, affectif, intellectuel et physique.
Nous espérons que ces années auront construits autour d'eux un socle solide qui leur permettra de trouver le juste équilibre. Et que souricette continue à se tenir debout.


 été 2011
Chan la grande copine

lundi 22 août 2011

Dans la gaboue

A Kho Kong, il y a l'orphelinat, l'hôpital et... la mangrove.
 
ça a commencé comme ça, un chemin boueux ou le motodop a manqué plusieurs fois de verser par terre. Nous récupérant comme on pouvait, le chauffeur et moi avons vite eu les deux pieds englués dans cette boue rougeatre et collante et les jambes couvertes d'une gangue de terre. Je me suis dit que certains payaient cher pour s'enduir de boue, alors qu'ici il suffit de quelques dollars et d'un trajet en motodop !
La mangrove est une forêt du littoral des régions tropicales, elle est formée d'arbres dont le feuillage est émergé et les racines plus ou moins aériennes. Il me restait quelques heures de disponibles dans mon planning déjà bien chargé, et pour faire au plus simple j'ai choisi l'option "petit-parcours-touristique-balisé"

une baraque branlante à l'entrée où pour un dollar vous gagnez votre ticket. Un jeune garçon que je réveille visiblement de sa sieste ne parlant que le kmer, m'indique d'un geste un chemin sur pilotis. Aucun dépliant, aucune explication. Au début tout va bien, le chemin est en pierre sur une dizaine de mètres, puisse se transforme rapidement en planches mal jointes.
Je découvre très vite que le site est pratiquement à l'abandon. Pas très rassurée, seule sur ces pilotis, j'essaie malgré tout de lever le nez ou de sonder les eaux saumatres pour peut-être apercevoir des poissons, des singes, des oiseaux. Je tends l'oreille, entends quelques glous glous, quelques cuis cuis, mais je ne parviens pas à voir la moindre plume, le moindre poil, la moindre écaille...La balade est tout de même interessante. Ces arbres à demi immergés sont surprenants, dressés sur leurs maigres racines comme sur des échasses. Ils semblent danser un ballet et  je ne sais pas pourquoi je m'imagine projeter dans un film de Tim Burton.
 
Et là, non je ne rêve pas! même avec une grosse envie pipi, je crois que je préfère me retenir !

De deux choses l'une

Sopheak est une jeune femme médecin à l'hôpital de Kho Kong. Elle parle français, elle a pu faire une année de spécialisation en dermatologie à Marseille, grâce à un animateur télé français croisé au cours du tournage d'un reportage sur l'hôpital de Kho Kong.
Sopheak est l'une des belles rencontres que j'ai pu faire ici au Cambodge. 
Je ne la connaissais pas,  et pourtant durant ces 3 jours, elle m'a invité aux repas, m'a prêté son vélo, m'a laissé l'accompagner une matinée à l'hôpital. Sopheak m'a ouvert la porte de sa famille et de sa maison. Et surtout de son coeur, comme seuls les cambodgiens le font, simplement, sans tralala, sans chichis, avec le seul plaisir de partager un moment, une discussion, un fou rire. 
Dans le bus pour aller à Kho Kong, j'ai retrouvé par hasard Anne Marie, ex présidente adjointe d'Elephant Blanc. Ces rencontres"par hasard"  font partie du mystère de mes voyages en Asie, chaque année m'apporte son lot de surprises. Elle se rendait chez Sopheak pour donner des cours de français à son fils, Solid, agé de 7 ans, inscrit à l'école française de Phnom Penh. Et ici, l'amie d'une amie est forcément une amie...
 
                                                          Sopheak et sa copine, la masseuse.

Révision de langue kmer avant la rentrée scolaire le 1 septembre, dans le "salon" de la maison.

L'hôpital tout neuf de Kho Kong, jusqu'à peu de temps il était encore en bois. Peu de batiments sont réellement utilisés.



Une salle de petite chirurgie, où se trouvait un homme victime d'une vilaine morsure de serpent,

le "triage" où j'ai pu apercevoir alors que je repartais, la patiente qui attrapait le balai et faisait son petit ménage, pour s'occuper un peu, surement





 
   

 une seule chambre de pédiatrie ouverte ce jour là pour un enfant atteint de pneumonie.

un service de pathologie tuberculeuse qu'on ne me laissera pas visiter et une salle de radio, d'où sortait une femme à la cheville cassée qui refusait de se laisser mettre un platre. Elle est donc repartie boitillant et sautillant, le pied bleu et enflé.

une chambre de maternité, où 3 mamans venaient d'accoucher, l'une d'elles enveloppait déjà son bébé d'un jour et s'apprêtait à partir  avec le papa venu la chercher...en motodop!


 
bien emmitouflé, bonnet, couverture, gants, chaussettes, et ce malgré les 35° ambiant lourd d'humidité
 
malgré le rose, c'est un garçon ! j'ai bien essayé de le réveiller avec mon flash mais non, imperturbable...même pas pu le prendre dans les bras !

Le service de médecine était fermé, le bloc opératoire ne fonctionnait pas, le laboratoire était branché sur le karaoké.

Étonnamment, très peu d'activité dans cet hôpital. Avec mon expérience de celui du Vietnam où l'activité était constante et affolante, j'ai ici une impression de désaffection, comme si les murs repeints n'étaient qu'un décor pour cinéma.
Et pourtant la veille au soir, un accident avait mis en alerte les médecins hospitaliers, un chauffard ivre avait percuté trois cahutes en campagne blessant gravement une dizaine de personnes. Mais il semble que les blessés soient plutôt envoyés vers des petites "cliniques" privées dans Kho Kong.
Une polémique agitait alors ce matin là le microcosme des soignants, il était reproché à l'hôpital de ne pas avoir accueilli les victimes de cet accident. Version officielle d'un refus de soins que contestaient les médecins. Un journaliste s'étant déplacé pour l'occasion.
Les soins sont payants, même à l'hôpital public, mais il semble qu'il y ait un fond d'assistance pour les plus démunis. Tuberculose, paludisme, sida, hépatites, pneumonie, infections intestinales, accidents de la circulation sont les pathologies les plus fréquentes. Les cas les plus graves partent sur Phnom Penh ou sur la Thaïlande.
Six médecins, quelques infirmières, pas d'aides soignantes, (la profession n'existe tout simplement pas ici, ce sont les familles qui "nursent" leurs malades), un seul chirurgien, un laborantin et un manipulateur radio, le personnel  est peu nombreux, et leur compétence professionnelle reste un peu vague...
Le salaire de Sopheak de 80 dollars par mois ne lui suffit pas à faire vivre sa famille. Elle a, au centre du bourg, une échoppe ouverte de 6 h du matin jusqu'à la dernière visite possible. Elle reçoit malades et blessés. Son mari, policier (au salaire encore inférieur) est en fait bien plus habile à suturer, panser, soigner les malades qu'à dresser les contraventions aux moto dops sans casque. Ils dispensent chacun leur tour les soins, suivant leur disponibilité.





 
80 dollars/mois pour les médecins, 25 dollars/mois pour les infirmières, ai-je encore le droit de me
plaindre ?