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lundi 30 juillet 2018

Lumière du matin


 "La vérité et le matin deviennent de la lumière avec le temps." (proverbe africain)










dimanche 29 juillet 2018

Un moment de grace

 "J'ai tout essayé, tout éprouvé… Au fond des forêts du Siam, j'ai vu l'étoile du soir se lever sur les ruines de la mystérieuse Angkor." Pierre Loti Le pélerin d'Angkor.
 
Angkor, c'est :
-les cars de touristes, beaucoup de cars et beaucoup de touristes, des chinois, des japonais, des coréens, des américains, des européens, qui font des selfies, et encore des selfies, qui parlent et s'interpellent, qui se bousculent, te bousculent, et s'esclaffent et se hèlent.
-les escaliers qui grimpent dur, qui glissent et qu'il faut descendre marche après marche ou sur les fesses pour ne pas risquer la chute.
-les pavés rugueux et déformés de tant de passage et de tant d'années.
-le soleil qui brûle les pierres d'un éclat de plomb.
-la pluie qui brusquement s'invite dans un déluge noyant le ciel d'un rideau opaque.
-la recherche éperdue du tuck tuck qui nous dépose à la porte Est et nous explique nous attendre à la porte Ouest, alors qu'on a déjà perdu le Nord.
-la recherche éperdue des toilettes après avoir consommé des litres d'eau.
-les "madame buy something?" " book?  scarf?  pants? " nuée de petits vendeurs qui s'accrochent à vous dès la sandale posée hors du tuck tuck.

Mais Angkor c'est surtout des moments de grâce, au détour d'un temple, l'aperçu d'une mer végétale qui laisse rêver à l'aventure des premiers découvreurs, le détail d'une sculpture, le mystère d'un sourire, le silence apaisé à l'aplomb d'une terrasse troublé de l'éclat d'un cri d'oiseau, les couleurs des autels dédiés à Bouddha, et la vie qui ici, malgré tout, se pose et  magique nous donne toujours envie de revenir.
 











jeudi 1 octobre 2015

Noir, rouge, blanc et puis aussi vert

Kampot
Le poivre est à Kampot ce que les bêtises sont à Cambrai, le nougat à Montélimar ou les cannelés à Bordeaux : une gourmandise. 
Une fois goûtés ces petits grains noir-rouge-blanc-ou-même-vert, vos papilles perdront leur innocence, vos chémorécepteurs réclameront leur indépendance et jamais plus vous ne pourrez en consommez d'autres. 
En compagnie de notre désormais fidèle driver rasta man, nous sommes allés visiter une plantation de poivre puis une coopérative tenue par un français qui rassemble une centaine de petits producteurs fermiers de la province de Kampot *. 
Nous y avons découvert un étrange petit épi, le poivre long rouge, à la saveur très piquante et étonnamment fruitée. Issue d'une espèce cousine du "piper nigrum", il était présent sur les tables des romains avant de sombrer dans l'oubli au détriment du poivre noir. Quelques passionnés tentent de le réhabiliter, mais sa production reste encore confidentielle.  
Le poivre long rouge 
Poivrier aux grains encore verts



Les poivriers s'enroulant autour de tuteurs en bois ou en briques et pouvant s'élever jusqu'à 3 mètres



Après lavage les grains sont mis à sécher au soleil pendant 2 ou 3 jours
Le poivre rouge cueilli à maturité 
Tri à la pince à épiler du poivre noir, le gros grain séparé du petit. Celui ci cueilli lorsque le grain vert tire sur le jaune/orangé est séché au soleil plusieurs jours avant de devenir noir. Le poivre blanc est issu du poivre rouge dont on s'est débarrassé de la "peau' après trempage dans l'eau.
Depuis mon précédent passage** en 2011, la ville de Kampot a peu changé. Étirée le long du fleuve, somnolente, elle se donne toujours des faux airs de princesse attendant le retour de son galant pour aller au bal. 

Le vieux pont interdit à la circulation...ou presque 

















Si si ça roule 
La fête du marché de nuit 
Rasta man nous a
déposé au bord du fleuve, la bouche en feu d'avoir croqué les précieux grains.Un peu de sel, un peu de poivre, entre la mer et le ciel, entre le rouge et le vert, Kampot nous  a joué toute la gamme des sens. 

* Je n'ai pas pour habitude de faire de la pub pour des entreprises privées mais le site est vraiment bien fait ( et vous aurez toutes les explications bien mieux que ce que je pourrais écrire),  les produits sont de qualité et les conditions de travail semblent correctes.
http://www.farmlink-cambodia.com/fr/produits/poivre-de-kampot

**http://blogdemarieo.blogspot.com/2011/09/kampot-au-poivre.html

mardi 22 septembre 2015

Au fil de la soie

Au tout début était le papillon, ou bien au tout début était le ver à soie, éternelle histoire de la poule et de l'oeuf. Un éphémère papillon nommé Bombyx,  un ver qui s'enferme dans son cocon s'imaginant à l'abri des regards. Il ne pouvait pas imaginer qu'un jour, plus de deux mille ans avant J.C, une princesse chinoise allait le déloger de son abri temporaire. Voulant retirer un cocon tombé dans sa tasse de thé fumant elle se met à dévider le précieux fil, découvrant ainsi la soie. 
Enfin c'est ce que dit la légende...
Reprenons donc...le fil: un ver, qu'il faut spécifiquement alimenté trois fois par jour en feuilles de mûriers fraîches, un cocon qu'on laisse exposé au soleil 2 jours pour faire mourir le futur papillon. Et l'affaire est faite...enfin pas vraiment.
Reste à ébouillanter une première fois le cocon pour en extraire les 100 mètres de fil extérieur qui donneront la soie dite sauvage, puis une deuxième fois pour tirer les 300 mètres de fil intérieur procurant la soie dite fine. Hé oui !  Impressionnant, le cocon est constitué de 400 mètres de fil ! mais tellement fin fin fin qu'il faut associer 45 cocons pour constituer un seul fil.

Teindre en utilisant végétaux ou chimie,  mettre en bobine, tisser, le travail artisanal de la soie est minutieux, rigoureux et long, très long. Jusqu'à 2 journées de travail pour 1 mètre de tissu, mais pour une étoffe en damier, "l'ikat" * cela peut prendre jusqu'à 6 mois.
Ici au Cambodge, sont encore utilisés des procédés traditionnels pour produire une soie de qualité faite à la main. Tradition qui a bien failli disparaître totalement lors de la noire histoire des khmers rouges. Seules quelques vieilles femmes détentrices du savoir faire ancestral ont permis la survivance de cet héritage, le transmettant de fil en aiguille à la nouvelle génération... 

Visite à la magnanerie et atelier de fabrication de la soie de l'association "les artisans d'Angkor"*
A table les vers ! 

Les femmes nourrissent les vers matin, midi et soir. Les feuilles de mûriers doivent être fraîches, elles sont hachés, et viennent remplacer les anciennes mâchouillées du repas précédent.
Les cocons sont prêts, 80% seront utilisés à la fabrication de la soie, les 20% restant amenés à maturité pour renouveler le cheptel des bombyx.
Les cocons après deux jours à bronzer au soleil, sont plongés par poignet de 45 environ successivement dans deux court bouillon pour en extraire les 400 mètres de fil. 
Les fils sont mis en bobine après le passage à la teinture
La soie sauvage est triée, épurée de ses résidus, en réalité, cette première soie est rêche et va servir aux drapés des jupes traditionnelles khmers.
La préparation du tissage, à quatre mains, mise en place de la chaîne (les fils verticaux) et de la trame (les fils horizontaux).


Les franges des tissus sont roulées à la main sur le mollet.

Le tissage à l'ancienne, ne jamais au grand jamais, mélanger l'ordre précis des canettes de fil, les femmes possédant dans leur seule mémoire le schéma précis de leur dessin.

* Les artisans d'Angkor
https://fr.wikipedia.org/wiki/Artisans_d%27Angkor

*Ikat  est un procédé de teinture et de tissage dans lequel le dessin est crée en teignant d'abord le fil de la trame ou de la chaîne, de toutes les couleurs qui vont y figurer, à des intervalles très précis, de sorte qu'au moment du tissage les éléments du dessin se créent par la juxtaposition des parties du fil de la couleur appropriée par exemple 5 ou 6 points jaunes de 2 millimètres, à un mètre de distance l'un de l'autre sur la longueur du fil, viennent l'un au dessus de l'autre au moment du tissage pour former l'oeil d'un oiseau et ainsi de suite. En teignant le fil, les parties qu'on veut préserver d'une couleur sont cachées par un fil qu'on noue sur le fil de la trame. On plonge ensuite le fil dans la teinture et on recommence pour chaque teinte. Définition de Wikipédia

mardi 26 août 2014

Oudong, le dernier repos des rois.

Sur la route de Battambang à environ 40 kms de Phnom Penh se trouve Oudong, l'ancienne capitale du royaume khmer au 17ème siècle. Ce n'est pas vraiment une destination touristique, mais un haut lieu de pèlerinage pour les cambodgiens. Disséminés en haut de la colline "Phnom Udong" les stupas, ces monuments funéraires bouddhiques en forme de cône, contiennent  les cendres des anciens rois khmers. Et sont l'objet de vénération. 
Il ne reste plus grand chose de la gloire d'Oudong, ravagé par les guerres et la funeste période des khmers rouges. Le site est en constante rénovation, mais lors des rituels religieux ce sont des milliers de bonzes et de pèlerins qui affluent pour honorer la mémoire de leurs rois.
De bon matin, après avoir choisi soigneusement notre tuck tuck (pneus larges et bien gonflés, largeur de l'assise du siège, rembourrage), après avoir négocié le prix (aller/retour+attente sur place) nous avons chaussé nos masques (fort utile pour les routes où le bitume fait très souvent place à la terre, volatile et étouffante), et nous nous sommes lancées sur la piste du dernier repos des rois. 
Nous c'est Anne et moi. Anne est infirmière en retraite, je l'ai rencontré en octobre dernier, elle arrivait au Cambodge pour travailler une année dans l'orphelinat à coté de celui de Kien Kleang.(*) 
Il se trouve que, incroyablement, nous nous sommes découverts des connaissances communes, dans cette petite ville d'Aveyron où elle vit. Un an après elle s'apprête à rentrer en France, elle n'en a pas franchement envie.Son sourire, son humour, sa générosité, sa canne en bambou faite maison, sa chevelure blanche comme un flambeau ouvrent toujours le chemin des coeurs. Et dans la rue où elle loge, dans l'orphelinat où elle travaille, dans les gargotes et les commerces, elle trace tranquillement son chemin, saluée et respectée. Anne est une vraie gentille et ça se sait. 
Il n'y avait personne ce jour là, nous étions les seules touristes à déambuler dans le site, interpellées par quelques vendeurs de fleurs ou d'encens, de canettes ou de fruits.

 Nous avons grimpé des marches, flâné sous les arbres, nous avons levé nos têtes vers le ciel,
 courbé nos têtes vers les bouddhas, 
hoché nos têtes vers les vendeurs, 
nous avons déchaussé nos pieds en entrant dans les temples, 
chaussé nos pieds pour ne pas glisser sur les dalles, 
nous avons respiré à plein poumons,  retenu notre souffle devant la beauté des lieux,  

nous avons murmuré pour ne pas troubler la quiétude du moment, 
rigolé devant les "Manneken Pis"
étonné devant ce drôle de Bouddha
et demandé ce que pouvaient bien se raconter les deux mamans singes protégeant leurs petits
Après tout ça nous nous sommes installées pour manger, toujours seules dans un immense espace. Des centaines de nattes et de hamac sont prévus pour les repas et le repos des jours de célébration. 


Et puis il s'est mis à pleuvoir, 
A pleuvoir vraiment...
(*) Facebook : Anne au Cambodge pour "Enfants & Avenir"