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lundi 7 août 2017

Du coté des filles

Au fond de l'impasse, à deux pas de l'orphelinat, partageant une chambre à deux ou trois, elles sont quelques unes  à s'être installées dans ces logements où cohabitent familles, étudiants, jeunes travailleurs. 
                                                
De longues coursives, 

des escaliers étroits,

de la musique, des appels, le linge qui sèche (et qui tombe parfois), des enfants curieux
                                             
des motos entassées le long du passage
                                 
...comme les vibrations d'un roman à la Ferrante quelques milliers de kilomètres plus loin et quelques dizaines d'années plus tard.

Certaines sont étudiantes, langues étrangères, comptabilité, hôtellerie,  d'autres ont déjà un travail, interprète japonais dans un hôpital international, technicienne en laboratoire à l'institut Pasteur, serveuse dans un chaîne de café, professeure de yoga. L'une est bientôt mère et elles ne cessent pas de s'en émerveiller.
Improvisant un repas autour d'un four à bois, elles s'y retrouvent lorsque les jours deviennent trop vides de ces regards échangés, de ces touts et ces riens qui ont cousu ensemble le tissu de leur vie d'avant, à l'orphelinat de Kien Kleang. De ce temps, où au delà des difficultés quotidiennes, elles ont puisé leur belle énergie et une sacrée détermination. 










mercredi 2 août 2017

Là, était

                       
 Là, était l'orphelinat de Kien Kleang


130 enfants y vivaient. Il n'y avait déjà  plus de nourrissons lorsque j'y suis arrivée la première fois, les plus jeunes, deux frères, avaient alors 4 et 6 ans. L'adoption était fermée aux occidentaux, à force d'abus et de corruption, (si vous n'avez jamais vu le très beau film de Bertrand Tavernier "Holly Lola", je vous le conseille vivement). Une seule année, bébé Chan a partagé quelques mois la vie des jeunes, avant qu'il ne s'envole vers l'Italie, le Cambodge autorisant de nouveau certains pays à adopter les enfants khmers. 
Depuis 2014, je n'étais pas retournée dans l'enceinte de l'orphelinat, après bien des péripéties (que vous pouvez retrouvez dans le blog sous le libellé "Cambodge Kien Kleang"). Nous avions su fin 2015 que le site avait été racheté par des chinois, (comme du reste une grosse partie de la presqu'île de Chhroy Changvar). Le déménagement de l'orphelinat était prévu pour début 2016. 
Aujourd'hui, 30 jeunes vivent encore dans ce lieu, désolé, sacrifié. Un sous directeur présent quelques heures par jour, une cuisine fermée, des sanitaires insalubres, des locaux totalement abandonnés. L'administration se contente de donner quelques riels par jour à chacun pour leur repas. 
L'orphelinat n'est plus qu'un sinistre squatt.


















Il n'y a plus de très jeunes, pourtant certains sont encore mineurs. Quelques uns poursuivent malgré tout leur scolarité, IUT d'électricité, infirmière, école de danse traditionnelle des Apsaras,  prouvant une réelle motivation. D'autres bricolent, travaillent, ou, désœuvrés, traînent leurs rêves comme une bouée de sauvetage.
Sovanna y habite toujours avec sa fille, elle doit même aller pointer dans un bureau déserté, deux fois par jour. 



J'ai parcouru ce lieu le cœur en vrille, et puis j'ai pensé à "mes" jeunes, aidés par l'association et les parrainages, habités d'une rage de réussir et de comprendre ce monde.
Nelson Mendela disait :

"L'éducation est l'arme la plus puissante qu'on puisse utiliser pour changer le monde". 

Je veux le croire.

samedi 2 novembre 2013

La petite dernière

Un matin, elle était là. Tout simplement. 
Srey Mi, bientôt 7 ans, a posé son sac de cailloux sur le devant de la porte et est entrée dans la chaleur du giron de nounou Srey.
Srey Mi est la petite fille de son amie. En 1979, une rencontre sur la route entre Battambang et Phnom Penh au retour de 4 ans de terreur a forgé un lien entre les fillettes d'alors,  que les années n'ont pas gommé.
Srey Mi vit dans un village à 20 kms de Phnom Penh, ses deux soeurs travaillent dans le textile on ne sait pas trop où. Sa mère est seule, usée, dépassée, malmenée, pauvre, si pauvre qu'elle a envoyé sa fille chez un voisin, et Srey Mi lave, récure, frotte, lessive. 
Alors, sa grand mère a appelé nounou Srey, au nom d'un chemin vieux de 34 ans.  
A Kien Kleang, pas d'intégration, pas d'accueil personnalisé, pas de projet individualisé, on vient, et on trouve une place. 
Entre nounou Srey et sa fille, Srey Mi a étendu sa natte, roulant en boule sa fatigue, comblant le creux de son ventre de grosses cuillères de riz qu'elle ne parvient jamais à terminer. 
Elle dit : " J'aime bien être là, aller à l'école, je suis bien ici". 
            Un matin Srey Mi était là. Tout simplement.







jeudi 24 octobre 2013

De retour

Après d'âpres négociations, nous sommes parvenus à réintégrer Gneup à Kien Kleang. En charge du pavillon des filles et essentiellement de Chany et Chana, elle avait été durement chassée lors de l'avènement du règne de monsieur cornichon, en septembre dernier.
La voilà de retour, les yeux gonflés de larmes, par la joie de retrouver les enfants, et le chagrin d'avoir laissé son fils, Raksmay, à SokSabay. 
Gneup a fait seule le choix de revenir à Kien Kleang et celui de permettre à Raksmay de rester dans l'association qui les a hébergé durant deux mois. Elle offre ainsi à son fils une meilleure chance de grandir dans un environnement sécurisé, où le suivi scolaire et médical des enfants est rigoureux et l'accompagnement soutenu. 

Gneup a vite retrouvé son rôle de vigie de la petite bibliothèque, lui redonnant ses couleurs et sa belle lumière. 
Bon retour parmi nous, Gneup ! 

mardi 15 octobre 2013

Quand le chat n'est pas là, les poissons s'affolent

L'occasion d'un jour férié est toujours saisi au Cambodge, aujourd'hui c'est la commémoration de la première année de la mort du roi, le 15 octobre 2012. A peine rentrés des fêtes de Pchum Ben, les jeunes sont à nouveau "off" pour la journée. 
Devant l'orphelinat s'est organisée une activité pêche au filet pour les garçons et à la ligne pour les filles. La récolte n'est pas vraiment fructueuse, Dara se charge du nettoyage et du vidage des poissons, et il y aura toujours une solution pour la cuisson. Lorsqu'il s'agit de cuisiner, chacun rivalise de bonnes idées et apparaît soudain réchaud ou brasero...









dimanche 13 octobre 2013

Fashions victims

Ce matin, l'air est chargé de cette particularité des dimanches à Kien Kleang, quelque chose d'indéfinissable, promesse suspendue d'un lendemain, halte bienvenue dans le fracas de ce monde.   

Comme chaque semaine, Sovann, l'éducateur de l'association, organise la distribution de fruits proposés à tous les jeunes de l'orphelinat. Un complément nécessaire dans une alimentation carencée.
Mais aujourd'hui, l'animation est autre part. Les élèves d'une école de coiffure de Phnom Penh se sont installés dans la cour pour offrir de leurs mains débutantes le plaisir d'être vus.
Shampouinés, massés, lissés, frisottés, les cheveux font peau neuve.
Les filles et les garçons réclament la dernière coupe à la mode, princesses énigmatiques de feuilletons ou look boys bands, c'est un festival made in Corée*.




 

 


J'aime ces jours où s’égraine en douceur le souffle du temps.

A lire un article sur la mode venue de Corée qui inonde le Cambodge

samedi 12 octobre 2013

Lessivé !


A Kien Kleang, le week end c'est le temps de la lessive. Ici, pas de mamans qui ramassent les vêtements sales semés en tas derrière une porte, pas de machine à laver à multiples programmes, pas de sèche linge, ni même de pinces à linge. La mousson rend l'exercice encore plus périlleux, il s'agit de s'y prendre assez tôt pour ne pas subir les pluies diluviennes de fin d'après midi.
Chacun, petit et grand, fille et garçon, est responsable de son linge, lavage à la main et à l'eau froide avec bien souvent si peu de lessive que le rinçage n'est qu'une simple formalité.

Sur des étendages récupérés, rafistolés, des cadres de lit customisés, chemises, uniformes, pantalons, jupes ou sous vêtements....






...cherchent leur place au soleil...