mercredi 23 octobre 2013

En marche

Un pouvoir usé, une corruption endémique, des élections sujettes à polémique, des riches de plus en plus riches, des pauvres toujours aussi pauvres, l'accès à l'éducation, à la santé, à la justice qui se paie en dollars, des jeunes de plus en plus nombreux, (32 % de la population ont moins de 15 ans, l'âge médian est de 23,7 ans), l'aspiration à plus de démocratie et d'égalité, l'explosion d'internet et des réseaux sociaux, les khmers ont de multiples raisons de descendre dans la rue. 
Je n'ai pas la prétention d'expliquer en quelques lignes la situation politique du Cambodge d'aujourd'hui, je vous renvoie aux articles parus dans les quelques médias qui veulent bien s'y s'intéresser.
La foule était immense cet après midi, et je crois bien que de mémoire de manifestante aguerrie, je n'ai jamais vu tant de monde en marche. 
La police s'est faite discrète, l'armée s'est postée quelque part sur Koch Pich, petite île sur le Mékong, en attente des évènements. 
Le cortège est joyeux et empreint de gravité, l'espérance est palpable, l'air chargé de senteurs au baume du tigre parait plus léger tout à coup...il y aura un nouveau jour.  









Ouvrières du textile qui revendiquent un salaire décent à 150 dollars quand elles en gagnent 70 dans des conditions de travail indignes pour alimenter les rayons de Gap, HM, ou Nike.







La sono de la manif
Quelques infos:

http://www.cambodge-post.com/coup-denvoi-de-trois-jours-de-manifestation-pour-lopposition-cambodgienne/

mardi 22 octobre 2013

Bophana

Bophana, c'est le nom d'une jeune femme, belle, passionnée, qui résista à la folie meurtrière des khmers rouges avec pour arme un stylo et du papier. En continuant à écrire des lettres d'amour à son mari, malgré les menaces et les tortures. Détenus au S21 ils furent tous les deux exécutés pour le seul crime de s'être aimés.
Bophana est devenue le symbole de la résistance, lumière vacillante au loin d'un interminable cauchemar de 3 ans, 8 mois et 20 jours.

Le centre Bophana de Phnom Penh s'ouvre en 2005. Il naît d'une longue gestation, commencée au début des années 1990, lorsque le grand cinéaste Rithy Panh prend conscience de l'extrême dépouillement du patrimoine audiovisuel de son pays. Les archives sont mortes ou moribondes, la mémoire audiovisuel du Cambodge est comme un trou béant, rayée de l'histoire d'un trait de sang. Le cinéaste Leu Pannakar, est alors responsable de la direction du cinéma au ministère de la culture et tous deux vont s'activer pour redonner vie à l'histoire, à travers ce qu'il reste de l'héritage rescapé de l'enfer.
Depuis, le centre Bophana récolte et rassemble, images, sons, photos, livres, films. 
Avec pour vocation trois objectifs: 
sauver et faire vivre la mémoire d'hier et d'aujourd'hui,  
            former des jeunes aux métiers de l'audiovisuel, 
                 promouvoir les réalisations khmers et étrangères. 
Le centre est ouvert à toutes et à tous, gratuit, accueillant, pourvus de nombreux ordinateurs, d'une bibliothèque, on s'y installe pour quelques heures ou une journée à la recherche du temps perdu. 
Cet après midi, j'ai accompagné nounou Srey dans ce lieu de murmures. 
Nous avons passé l'après midi à visionner d'anciens reportages.
Année 1928, un Cambodge noir et blanc, lissé et muet. Année 1954, les balbutiements d'une indépendance en devenir. 
Année 1975, 17 avril, Phnom Penh est exsangue, en une nuit les habitants sont évacués de la ville,  30 avril, Saïgon capitule, le Vietnam est réunifié. Au  Liban c'est le début d'une guerre fratricide. (En France, Simone Veil fait passer sa loi autorisant l'IVG,  j'ai 16 ans, j'écoute Alice Cooper et Patti Smith et refait le monde en jouant au flipper).
Année 1977, la propagande des khmers rouges s'affiche. Pellicules vacillantes de paysans en ligne interminable, d'enfants en ombre chantant la gloire de l'Ankar, utopie délirante, derrière les bouches qui sourient, la douleur des regards.
Année 1990, nuit et sang, chaque jour des femmes, des enfants, des hommes sont mutilés par les mines enterrées par milliers dans les rizières, les forêts et les champs. (Je vis dans un pays où mes enfants jouent à cache cache dans les parcs sans risquer de perdre à jamais leurs jambes, leurs bras, leurs vies).
Année 1991, 25 octobre, les accords de Paris, visent à mettre fin à une guerre qui ne se dit pas. Les khmers rouges, sous la pression de la communauté internationale, sont assis à la table des négociations au coté de leurs victimes. 
Commence alors pour le Cambodge le lent retour à l'humanité.
Bophana est un bel endroit, où revivent les images cachés, retrouvés, restaurés, valeur inestimable d'un passé reconnu. 

Pour tout savoir:

http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/10/03/rithy-panh-retrouve-la-memoire-du-cambodge_3489506_3246.html

lundi 21 octobre 2013

Prémices

Le Cambodge s'apprête à nouveau à descendre dans la rue. Une grande manifestation est prévue sur les journées du 23 au 25 octobre, appelant à plus de démocratie.
Ouvriers du textile, expulsés non indemnisés de quartiers de Phnom Penh, fermiers, pêcheurs, syndicalistes, moines, jeunes, sans emplois ou si peu, les cambodgiens veulent faire entendre leur voix. Celle qui n'a pas été entendu dans les urnes.
Ce matin, en passant au Wat Phnom, la parole était déjà en chemin.


Beaucoup plus d'infos ici:
://www.cambodge-post.com/demonstration-de-force-de-la-police-anti-emeute-a-phnom-penh/
Ou là:
http://lejournalducambodge.blogspot.fr/2013/10/atmosphere-tendue-sur-phnom-penh.html
Ou encore:
http://www.lepetitjournal.com/cambodge/accueil/actualite/166953-crise-politique-l-opposition-encore-dans-la-rue-cette-semaine

samedi 19 octobre 2013

Psar Thmey

ça ne vous aura pas échappé, je suis une amoureuse des marchés, de France, du Pérou, d'Allemagne, d'Italie, de Malaisie, du Cambodge ou d'ailleurs...
Les marchés sont des ventres affamés au cœur du monde, avalant, mastiquant, digérant, recrachant, femmes et hommes, marchandises et victuailles, abondance et pauvreté. Miroir des petites gens, n'y voyez aucun adjectif péjoratif de ma part, bien au contraire, les besogneux, les laborieux, ceux qui se lèvent tôt avec encore un rien d'ombre dans leurs yeux, ceux qui ont pour horizon la seule ligne d'eau de leurs rêves...
Les marchés s’animent, se vautrent, crient, lâchent leurs pets nauséabonds, s’enivrent, saturent la ville de leurs odeurs exaltées, se battent, bafouillent, racolent en riant le promeneur égaré, s'emmêlent, lustrent leur vitrine comme une mariée à l'aube de ses noces, vocifèrent, étalent impudiquement leurs corps offerts.
Le Phsar Thmey, qui signifie en khmer le nouveau marché, s'est posé, en pleine période coloniale, là où s'étendait un lac gonflé aux pluies de la mousson. Terminé en 1937, c'était alors le plus grand marché d'Asie du Sud Est.
Ce bâtiment de style art déco a été pensé par un architecte français pour protéger au mieux les commerces du soleil et des averses et permettre au vent de circuler le long des allées. 
                                  
Ses 4 ailes s'échappent d'un gigantesque dôme central dédié à la 
bijouterie
et chaque matin les vendeurs déballent des montagnes de
 tee shirts
chaussures,
poulets, 
sacs, écrous, 
téléphones, assiettes, 
cuvettes, fruits, choux, 
coquillages, 
des trucs et des machins, des bidules et des choses, de bric et de broc, et se partagent les allées dans un fouillis parfaitement organisé.




 


 
Et chaque soir, les vendeurs remballent des montagnes de        casseroles, ceintures,
 carottes, balais,
        chemises, bracelets,
      poissons, lunettes, 
  tapis, épices, 
tous les trucs et les machins, les bidules et les choses, le bric et le brac qu'il faudra dès le lendemain déballer...








mardi 15 octobre 2013

Quand le chat n'est pas là, les poissons s'affolent

L'occasion d'un jour férié est toujours saisi au Cambodge, aujourd'hui c'est la commémoration de la première année de la mort du roi, le 15 octobre 2012. A peine rentrés des fêtes de Pchum Ben, les jeunes sont à nouveau "off" pour la journée. 
Devant l'orphelinat s'est organisée une activité pêche au filet pour les garçons et à la ligne pour les filles. La récolte n'est pas vraiment fructueuse, Dara se charge du nettoyage et du vidage des poissons, et il y aura toujours une solution pour la cuisson. Lorsqu'il s'agit de cuisiner, chacun rivalise de bonnes idées et apparaît soudain réchaud ou brasero...









dimanche 13 octobre 2013

Fashions victims

Ce matin, l'air est chargé de cette particularité des dimanches à Kien Kleang, quelque chose d'indéfinissable, promesse suspendue d'un lendemain, halte bienvenue dans le fracas de ce monde.   

Comme chaque semaine, Sovann, l'éducateur de l'association, organise la distribution de fruits proposés à tous les jeunes de l'orphelinat. Un complément nécessaire dans une alimentation carencée.
Mais aujourd'hui, l'animation est autre part. Les élèves d'une école de coiffure de Phnom Penh se sont installés dans la cour pour offrir de leurs mains débutantes le plaisir d'être vus.
Shampouinés, massés, lissés, frisottés, les cheveux font peau neuve.
Les filles et les garçons réclament la dernière coupe à la mode, princesses énigmatiques de feuilletons ou look boys bands, c'est un festival made in Corée*.




 

 


J'aime ces jours où s’égraine en douceur le souffle du temps.

A lire un article sur la mode venue de Corée qui inonde le Cambodge