lundi 18 octobre 2010

D'ombre et de lumière

Vendredi soir c'est la magie du théatre. Comme chaque week end la compagnie Sovanna Phum fait renaitre un art qui a bien failli mourir au temps des kmers rouges.
A l’époque d'Angkor Wat, à la cour royale les tapis étaient fait de peaux de bisons posés à même le sol. La légende dit qu'un jour le roi fit changer les tapis usés. En otant les tapis, il cru y voir une forme et fit alors découper la peau, pour en faire un personnage. Le théatre d'ombre était né!
Proclamé chef-d’œuvre du patrimoine immatériel par l’UNESCO, le théâtre d’ombres met en scène des marionnettes de cuir articulées ou non, accompagnées de musique et de voix.
C'est d'abord l'orchestre qui commence, puis les ombres entrent en scène derrière le blanc lumineux du drap. Les personnages s'animent oiseaux, éléphants, loups, un policier, une princesse, un paysan sur son âne. Le public cambodgien rit de bon coeur, les scénettes qui se succèdent puisent dans le répertoire comique, entre tradition et contes populaires, entre gags burlesques et fables morales.

Comme Yolle nous avons écarquillé les yeux, nous laissant bercé par la magie de l'ombre et de la lumière...




C'est qu'il faut être pro pour faire vivre ces formes plates inanimées, prendre la voix de la princesse éplorée, du paysan bourru ou du loup affamé.


Yolle est passé derrière le rideau, étonnante Yolle...

samedi 16 octobre 2010

Simone, allons au marché...

Se promener dans les marchés au Cambodge est un spectacle permanent.
On y trouve à peu près tout ce qu'on veut et même ce qu'on aurait pas voulu.
Alors plongez le nez dans un mélange de poisson mariné, de menthe et de piment, de coriandre et de citronnelle, de gingembre et de fumée de bois, d'encens et de sang, imaginez une foire d'autrefois avec les cris et les appels, les rires des enfants, et les bonimenteurs, et vous y êtes. Enfin presque...
Au détour des allées, on croise,
des cloches et des machins en ferraille qu'on se demande à quoi ça peut bien servir,

des porcelaines,

des offrandes toutes prêtes à Boudha pour les flemmards, composées de paquets de gateaux et de cannettes de coca,

des fleurs ,

des biscuits,

des paniers, boites, saladiers, cuvettes en plastiques,

de la canne à sucre,

des chaussures, tiens une nounou Srey !

des sous vêtements, tiens un Raksmey!

des livres, des cahiers,

des trucs à manger sur place,

des tireuses de cartes, (Raymonde je t'ai trouvé du boulot!)

on peut se faire faire une beauté,

ou se faire recoudre un vêtement,

acheter des sauces en tout genre,

et évidemment du riz,

On trouve aussi, des crevettes séchées,

des oeufs roses et des chips de porcs,

des légumes secs, et des cacahuètes,

et de la viande,

des saucisses,

et encore de la viande,

du poisson séché,

du poisson en pate,

ou du poisson frais,

des crevettes,

et encore du poisson frais,


de la noix de coco rapé,

des bananes,

des légumes,

des pastèques,

et le sourire de la crémière...

Précisons que Phnom Penh a de nombreux marchés, les vendeurs doivent déballer leur montagne de marchandises le matin et remballer le tout le soir. Ils fonctionnent par allées où chacun vend la même chose que son voisin. Lorsque vous réclamez un article qu'ils n'ont pas, ils déploient une stratégie immuable. "Wait, wait (je traduit "attends,attends") disent ils en tapotant un petit tabouret en plastique rouge, ( oui allez savoir pourquoi le tabouret d'attente est souvent rouge...) sur lequel vous vous posez gentiment. Alors, soit ils se servent chez le voisin immédiat, tendant simplement le bras pour attraper l'objet à l'étalage, soit ils partent en courant (c'est d'ailleurs le seul moment où on peut voir un cambodgien courir) chercher votre article un peu plus loin si celui ci n'est pas disponible à coté.
Ce qui ne m'étonne toujours, mais comment font ils pour s'y retrouver ?

Ps : Pour celles et ceux qui n'ont pas été jusqu'en CP, le titre est celui d'une poésie de mon enfance...

mardi 12 octobre 2010

Chapeau bas

Bébé Chang est rentré malade de sa semaine de "vacances" dans la famille de sa nounou. Rien ne m'étonne moins. Le voir partir pour un périple d'une centaine de kilomètres en motodop et bus, entre poussière, soleil et pluie de la mousson m'inquiétait vraiment. A peine revenu, il a été hospitalisé à l'hôpital de Khanta Bopha, qui dispense des soins gratuits aux enfants du Cambodge. Nous avons voulu lui rendre visite, Emmanuelle et moi, mais nous n'avons pas pu y rentrer, l'accès est interdit aux étrangers, sauf évidemment à accompagner un enfant.
Khanta Bopha, c'est là que Yolle a été opérée. Agée de cinq ans, victime d'un accident de motobike à l'âge d'un an, elle est arrivée à l'orphelinat de Koh Kong trainant une jambe déformée par une déviation de son genou. Anne Marie s'est battue pour qu'elle soit admise à Khanta Bopha, où elle a pu être prise en charge par une équipe de chirurgiens orthopédiques. Cinq mois après, Yolle a retrouvé une jambe fonctionnelle. Elle court, elle danse, elle sautille et en plus elle parle anglais et français, fruits de longues semaines d'hospitalisation où Anne Marie a patiemment "occupé" ses journées.


Yolle en visite à Kien Kleang


Khanta Bopha, c'est une fondation crée par un médecin pédiatre suisse, Dr Beat Richner. Une figure ici au Cambogde, un personnage.
En 1974, il arrive au Cambodge d'où il repart l'année d'après, à l'arrivée des kmers rouges. En 1991, à la fin de l'occupation vietnamienne, il est appelé par le roi Norodom Sihanouk pour restaurer l'hopital de Khanta Bopha totalement détruit, après des années de guerre.
Un an plus tard, l'hôpital pour enfants est ouvert.
Khanta Bopha, c'est maintenant quatre hopitaux, dont une maternité pour les femmes séropositives et un centre de formation où les familles recoivent une éducation à la santé. Entre Phnom Penh et Siem Reap, c'est, par an, 600 000 consultations, 16 000 opérations chirurgicales, 55 000 enfants admis pour maladies graves, et chaque jour 1000 enfants hospitalisés avec une moyenne de 5,5 jours de présence. Médecins, infirmières, techniciens, tous sont cambodgiens. Ils perçoivent un salaire correct pour éviter le recours à un deuxième emploi et enrayer la corruption. Les fonds nécessaires au fonctionnement proviennent essentiellement de fonds privés.
Mais Beat Richner a une double vie, car il est aussi "Beatoccelo", clown poétique mélomane qui promène sa musique et sa poésie à travers la Suisse et le Cambodge. Avec son violoncelle et ses contes, il étonne, apostrophe, émerveille.
Parfois, il pose son instrument au bord du Mékong, pour une bulle de bonheur entre les flots tumulteux du fleuve et la longue plainte du violoncelle. Chaque samedi soir, il offre sa parenthèse musicale à Siem Reap, expliquant inlassablement son travail et ses rêves. Il dit de lui même : "je suis le dernier socialiste". Il est de ces personnes qui vous réconcilie avec le genre humain...
Oui chapeau bas, Monsieur Beat Richner !

Pour plus d'infos, le site de la fondation, en anglais. Mais vous pouvez quand même y jeter un coup d'oeil. Il y a aussi des photos.
http://www.beat-richner.ch/index.html

C'est pour ton bien !

Au Cambodge quand on est malade, on va rarement au médecin, d'abord ça coute cher, et puis il faut des médicaments, qui coutent encore plus cher. Donc on se débrouille.
Il y a l'application de ventouses, encore très utilisée ici, méthode employée il y a encore peu de temps en Europe.
Et puis la méthode dite " du-tranchant-d'un-bouchon-ou-d'une- pièce-en-aluminium-vigoureusement-frotté-sur-le-corps-enduit-aupréalable-de-baume-du-tigre", ça vous chasse votre petite mine et ça vous recolle un pêche du feu de Boudha.
J'ai testé pour vous sur une minuscule parcelle de mon bras, et j'peux vous dire que ça fait un mal de chien ...
Préparez vous j'ai pris des cours, j'vais vous le combler moi le trou de la Sécu!


Derrière,

devant,

et voilà...

Les photos sont de Leslie.

samedi 9 octobre 2010

Koh Dach

C'était une promesse de l'an dernier, aller à Koh Dach, l'île de la Soie, rien que nous deux, nounou Srey et moi. Elle m'a toujours dit être originaire de cette petite île au milieu du Mékong, à une dizaine de kilomètres au nord de Phnom Penh. En réalité, je découvre qu'elle est née à Phnom Penh. Koh Dach est le village de sa mère, et ici c'est ça qui compte. Enfant, elle y passait de longues journées, un peu comme une maison de famille, son lien de coeur, ses pieds sur terre.
Dès 6 heures ce matin nous sommes partis avec le voisin, en motodop, une route longue et droite, qui mène à Kompong Cham, un long chemin en terre pour l'embarcadère, celui des cambodgiens, et le bac pour traverser le Mékong. Déjà toute une aventure...




L'île est le royaume des tisseurs de soie, mais le lendemain de Pchum Ben, c'est quand même encore un peu la fête, et je n'ai pas réussi à voir un seul maitre à l'ouvrage...
Nous avons sillonné les chemins, cahotant sur le motodop, un vrai bonheur de retrouver après un mois à Phnom Penh, un espace préservé loin de l'agitation de la capitale.




Nous nous sommes arrêtés chez les parents, amis, voisins, assis un moment.

Et chacun de nous apporter les fameux "onsam chék", ces gateaux fait de riz gluant fourrés de banane et cuit sur les braises dans une feuille de bananier, traditionnellement servis pour Pchum Ben. "Ché très bon mais ché un peu bourratif".

Premier "onsam chék":
L'ancien professeur de nounou Srey et sa femme. Infirmier reconverti en enseignant de français et d'anglais. A 65 ans, malade il touche une petite pension comme ancien fonctionnaire, et n'a rien perdu de son français. Il me disait son regret, aurait voulu être médecin, mais les kmers rouges ont eu raison de ses projets. Après, c'était trop tard, le pays en miettes avait plus besoin d'enseignants que d'infirmiers, alors il est devenu professeur.

Deuxième "onsam chék":
Une ancienne voisine, une des rares personnes a avoir connu la mère de nounou Srey, et à pouvoir encore lui en parler.


Troisème "onsam chék" oups une petite moitié me suffira orkoun!:
une cousine (dans le sens très élargie de la famille cambodgienne), ou une ancienne voisine, à moins que ça ne soit une amie, je m'y perds un peu...


Quatrième "onsam chék", ha là ça va plus être possible j'ai comme une banane sur l'estomac:
Une ancien voisine, une cousine peut être, ou une amie? J'ai renoncé...

Cinquième "onsam chék" , j'ai rendu les armes, refusant avec un grand sourire, c'est pas grave je repars avec mon doggy bag...:
une amie, un parent, une ancienne voisine ?

Nous avons flané, discuté, en anglais, en français, apprécié la quiétude du village, regardant les joueurs de cartes, de billard, d'échecs, partageant les moments d'intimité avec les familles. Le temps suspendu, comme un souffle apaisant.


Bill et Jo, ça ne s'invente pas ! Charmeurs et malins, ils ont réussi de leur motobike à me vanter la qualité de leurs écharpes ! Il faut ajouter que durant la journée, je n'ai croisé aucun autre occidental, la nouvelle a du faire le tour de l'île forcément...


Monica, ça ne s'invente pas non plus, 10 ans, directe et frondeuse, parlant un anglais meilleur que le mien ( pas de commentaires du genre "ha ben c'est pas difficile!" merci !), qui a réussit à me vendre aussi une écharpe...

Nous sommes rentrés vers 15h, avec un sac plein de "onsam chèk"...

Et le soir, je suis retournée chercher nounou Srey, sa fille Srey Kéo, Gneup et Raksmey pour un repas surprise "crèpes" chez Anne Marie, (Anne Marie tu es vraiment un amour!)
Nounou Srey pour la première fois de sa vie en a bu une bière...


Le 9 octobre 2010 a été vraiment "A GREAT DAY "

Ps: Merci à vous d'y avoir pensé!