vendredi 5 octobre 2012

Hot dog

J'en ferais bien de la chair à pâté, de la farine à donner en pâture aux cochons, du hachis parmentier, voire du ragoût pour quelques tribus du nord, (il parait qu'elles en sont friandes) ou pourquoi pas des hots dogs, des trois chiens de la cuisinière.
Depuis environ 10 mois, ils trônent au milieu de la cour de l'orphelinat, aboyant si l'on s'approche dans un rayon d'
un mètre, déchiquetant les restes de repas, errant à l'ombre des arbres...

Et si encore ils se contentaient de poser leur crotte un peu n'importe où (l'autre jour sur le pas de porte du bureau du directeur), on pourrait faire comme si de rien n'était.




Mais en début de semaine, l'un de ces stupides saucisses
sur pattes a mordu un jeune garçon qui osait s'avancer un peu trop vers la cuisinière. Il est venu m'en parler deux jours après, la peau autour de son mollet, gonflée de grosses phlyctènes, avait pris une vilaine teinte noirâtre. 
Dans le monde 55 000 personnes meurt chaque année de la rage, 80 % sont en Asie. La moitié des personnes atteintes ont moins de 15 ans. Les chiens sont coupables dans 90% des cas mais aussi les chauves souris ou les singes ! 
Il y aurait 800 morts  par an au Cambodge, plus de morts que le paludisme (200 décès) et la dengue (400 décès), ce nombre n'est qu'une estimation, des centaines de cas dans les campagnes ne seraient pas signalés. Quand on parle de la rage ici au Cambodge, chacun a une histoire à raconter, une jeune fille m'a expliqué que, dans son village, on avait vu des longs poils noirs recouvrir le corps d'un homme atteint de la rage. Une vieille dame assure que son cousin s'est mis à aboyer et qu'on a du le tenir en laisse avant qu'il ne meure enfermé dans une cage. 
La vaccination, efficace si elle est pratiquée au plus tard 10 jours après la morsure avec un protocole précis qui nécessite au minimum 3 injections, se pratique à l'Institut Pasteur du Cambodge à Phnom Penh. 
Les ruraux ne peuvent bien souvent pas se permettre des visites dans la capitale, et passe à coté du seul traitement possible, à savoir la vaccination systématique à chaque morsure d'animal 

Une fois la maladie déclarée il n'y a plus aucun traitement efficace, et peu de chance de survie.  
J’ai donc accompagné Seung Eng à l’institut Pasteur de Phnom Penh. Pas de cohue mais un va et vient ininterrompu, un patient sortant, un entrant. De retour, j'ai prévenu le directeur de l'orphelinat, il a aussitôt appelé Seung Eng lui reprochant un peu vertement de ne pas l'avoir signalé le jour même.  Patiemment j'explique au directeur qu'il parait dangereux, dans un lieu accueillant des enfants (qui jouent, qui courent, qui crient), d'héberger 3 chiens livrés à eux même. Je parle de Chany et Chana, parfois maladroites et qui "aiment tellement les bêtes !"  J'ajoute que la procédure en cas de morsure de chiens stipule qu'il faut isoler l'animal pendant 15 jours pour observer son comportement. Je m'attends à une prise de décision rapide " ouste les clebs, dehors ! " 
Pour ceux qui connaissent ma trouille viscérale des chiens, vous pouvez imaginer déjà comment je me réjouissais...
Que nenni ! 
Le directeur a trouvé tout ça plutôt rigolo, même lorsque je lui ai annoncé que j'avais du payer 10 dollars pour la vaccination. Avec un large sourire, il m'a répondu que oui effectivement il allait de ce pas même demander à la cuisinière de... faire attention à ses (saletés  de clébards) chiens...Et peut être (ben oui pourquoi pas ?) leur mettre un collier ! 
Les défenseurs des animaux peuvent bien s'indigner, (je reste poli!) moi je préconise une nuit de la St Barthélémy pour les chiens, tous les chiens du Cambodge.

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la rage :
http://www.inpes.sante.fr/10000/themes/vaccination/guide_2008/pdf/GV2008_P2_Rage.pdf

mercredi 3 octobre 2012

Chair de poule

Je vous présente les six nouveaux pensionnaires de Kien Kleang avec leur maman et leurs deux papas ! *


Un peu frileux les messieurs, malgré les 30°...mais au moins le linge est bien rincé... 


* Spéciale dédicace à Eléna, Fred, Matéo et Anaïs !

Ps : Devant les réclamations de certain, je prends en compte le dernier vote (mais qu'on y revienne pas!) qui me place de très peu la gagnante du concours ! 

mardi 2 octobre 2012

Pirouette (cacahuète)


Samedi soir, c'était spectacle au Beeline Aréna, un immense gymnase inauguré en février de cette année qui se trouve à quelques centaines de mètres de Kien Kleang.
La jeune troupe de l'association Phare Ponleu Selpak, basée à Battambang est venue à Phnom Penh faire son cirque ! 

Elle présentait un spectacle, déjà bien rodée par des tournées internationales, "Putho!" , mélange d'acrobaties, de jonglages, de danse, accompagnée par trois musiciens. 
Les séquences se sont succédés à chaque changement de rythme musical sur les thèmes intemporels de l'amour, la jalousie, le poids des traditions, avec humour et auto dérision. Nous avons emmené nos filleuls et nos nounous, pour un premier test, la troupe doit venir à Phnom Penh chaque dernier samedi du mois et nous espérons bien pouvoir accompagner régulièrement des groupes de jeunes.
Voici quelques photos, désolé pour la rampe d'éclairage, mais pour des raisons que je ne vous détaillerais pas (ça mériterait un post complet !) nous sommes arrivés un peu à la bourre (mais comme les Cambodgiens se connaissent malgré tout, le spectacle a aussi commencé bien à la bourre!) bref les places face à la scène était déjà toutes prises. 

Aller au spectacle avec des cambodgiens est déjà tout un spectacle en soi. Ne cessant de commenter les différentes scènes, anticipant la prochaine pirouette, sursautant au moindre roulement de tambour, riant aux éclats, s'apostrophant d'un siège à l'autre pour expliquer ce qui se passait (dès fois qu'on aurait pas bien vu), entre nounou Srey et Gneup, je n'en ai pas perdu une miette... 









Après avoir testé la slackline, je mesure la difficulté ! 


























Un spectacle magique, de qualité, une belle énergie et beaucoup de vitalité, les 13 jeunes sur scène ont fait frémir la salle. Si jamais ce spectacle vient jusqu'à vous n'hésitez pas allez y !

Site de l'association Phare Ponleu Selpak pour les anglophones  http://www.phareps.org/

Article du petit journal du Cambodge pour les autres
http://www.lepetitjournal.com/cambodge/a-la-une-cambodge/122845-spectacle-phare-ponleu-selpak-vient-faire-son-cirque-a-phnom-penh.html

Ps: Les votes pour le deuxième concours photo sont clos, la photo 1 (moi même) et 3 (Audrik) sont à nouveau ex aequo, la photo 2 de Rebecca arrive pas loin derrière !

dimanche 30 septembre 2012

Un moment particulier

Et voici le deuxième concours photo du mois, intitulé "un moment particulier" 



                  photo 1 


                  photo 2
                           Photo 3

A vos claviers !

6000 riels, 1 dollar et demi, 0,77 centimes d'euro


6000 riels en monnaie khmer officielle c'est à la louche, 1 dollar et demi, soit au taux de conversion du jour  0,77 centimes d'euros. Le riel a ceci de particulier qu'il n'existe que dans la rue, dans les marchés, dans les gargotes  Car en réalité, tout peut se négocier en dollars, dès lors que vous en avez pour plus de 1 dollar. Il faut savoir effectuer une vraie gymnastique de l'esprit pour transformer le prix d'un gros pamplemousse à 5000 riels en 1 dollar et 25 cents. 
Le change est fait à l'à peu près, il est admis que 1 dollar est égal à 4000 riels et je dois dire que depuis quelques années le taux n'a pas évolué. Alors un coup c'est avantageux pour vous, un coup un peu moins. Mais si les vendeurs ou les tucks tucks vous rendent une liasse de riels, inutile de recompter,  vous pouvez toujours leur faire confiance (je faisais semblant de recalculer au début parce que moi et les chiffres, vous savez bien qu'on s'est fâché au CP et qu'on a jamais pu se réconcilier, trop de divergences de point de vue...). Je n'ai jamais été flouée dans ces transactions, la petite vendeuse de fruits a une vraie calculatrice dans la tête pour effectuer la conversion (je le sais parce qu'au début j'étalais le tout sur mon lit le soir et avec la calculette de mon téléphone portable, je voyais bien que ça tombait juste !).  
Les distributeurs automatiques vous crachent uniquement des dollars. Aucune pièce ne circule au Cambodge seulement les billets en  dollars, ou riels (parfois tellement usés et délavés qu'on n'en devine plus la couleur initiale) 
Il y a bien quelques pièces de baths thaïlandaise dans les zones frontalières, et il faut alors jongler entre riels, baths et dollars, mais je ne vais pas  vous encombrer plus l'esprit, parce qu'en fait ce n'est pas de ça dont je voulais vous parler.
Ce matin, j'accompagne Sopheak pour faire quelques courses avec lui au magasin de couleurs. Il n'avait plus de papiers à dessin, ni crayons.
A trois sur le moto dop, jusqu'à là tout est normal, le conducteur a bien son casque, Sopheak non, et moi mon vieux casque qui n'a plus grand chose de présentable.
Boulevard Monivong, une des grosses artères de Phnom Pneh, un policier nous fait signe de nous mettre sur le coté, il nous fait remarquer que nous sommes en infraction !

Nous sommes trop nombreux, pas plus de deux. Je tente de ne pas rire, (ne jamais jamais au grand jamais oublier le principe de base ici, ne pas faire perdre la face à un cambodgien, ce principe s'applique aussi pour d'autres pays d'Asie), notre conducteur se tourne vers la rue et d'un geste d'impuissance montre les dizaines de moto dop qui passent avec qui 3, qui 4, qui 5 passagers, qui des chargements incroyables!   




Aussitôt le policier siffle un nouveau moto dop avec 3 jeunes garçons, non mais !
Nous négocions le prix de la contravention, 6000 riels, 1 dollar et demi, 0,77 centimes d'euro, que je règle. Je demande alors discrètement à notre chauffeur si je dois l'attendre un peu plus loin, mais non pourquoi donc? Sous les yeux du policier, nous remontons tous les 3 sur le motodop, les 3 jeunes font de même et nous voilà tous repartis. Je n'ai pas osé faire un petit coucou au policier...

Ps: Depuis cette anecdote, nous nous sommes fait à nouveau arrêter en tuck tuck, il semble qu'une campagne de prévention soit en cours (mais c'est pas gagné!) le conducteur n'avait pas son casque (il était mouillé et ça risquait d'aplatir son brushing, il faut savoir que les cambodgiens sont excessivement coquets !), il a payé son amende et est reparti de même sans son casque. 6000 riels, 1,50 dollar, 0,77 centimes d'euros, le prix du brushing ! 

vendredi 28 septembre 2012

Respirez, soufflez

Le dimanche pour un groupe d'une vingtaine de  jeunes de l'orphelinat c'est jour du yoga. 
Proposée par une association  kmer, l'activité a un franc succès. Quant à savoir qui et pourquoi certains jeunes y vont et  d'autres pas c'est un grand mystère ... 
Dimanche dernier je les ai accompagné. Je voulais rencontrer une ancienne pensionnaire de l'orphelinat, Sophary, qui était présente à Kien Kleang lors de mon premier séjour. Depuis nous étions restées en contact par mail, mais je ne l'avais pas revu à mes voyages suivants. 
Elle travaille pour cette association comme secrétaire, tout en poursuivant des études de comptabilité à l'université. Elle loue une chambre à Phnom Penh qu'elle peine à payer, mais elle s'accroche avec l'espoir de pouvoir vivre décemment de son travail. Impliquée dans la vie associative elle aimerait y trouver sa voie. J'ai retrouvé Sophary, telle qu'elle était 4 ans plus tôt, souriante, volontaire, chaleureuse, et déterminée. 

J'ai pu assister à une séance,
                    jusque là tout va bien... 


on respire...
On souffle...


Et là j'ai compris que non décidément le yoga très peu pour moi ! 

mercredi 26 septembre 2012

Le post que j'aurais aimé ne pas écrire

Le projet de déménagement du village de Titte, évoqué l'an dernier, s'est concrétisé. 
Mais la plupart des familles relogées dans un autre quartier ont refusé de partir, certaines d'entre elles sont même revenues. Car leur nouveau  logement est bien trop loin de toute activité possible, pas de travail à proximité, pas de transports, isolées, déplacées dans un secteur qu'elles ne connaissaient pas, elles sont rentrées "chez elles". 
L'abattoir s'est agrandi, la même odeur prégnante de sang et d'excréments empoisonne l'air, 
(Au moins ceux ci sont prévenus de ce qui les attend ....)

Le même marigot attire les enfants pour y cueillir des liserons d'eau 
 

les mêmes détritus s'accumulent au hasard de la pluie et du vent...

Les mêmes cahutes brinquebalantes 
 




 Les enfants grandissent 


les familles s'agrandissent 
les bébés naissent,  

Les bébés sont ici bien souvent allaités, mais les mamans en carence alimentaire doivent compléter, les  jours avec , par du lait en poudre, les jours sans, (les plus nombreux) par de l'eau de riz sucré. A trois mois, les bébés font rarement plus de 4 kgs... 
On ré explique les soins de base, on savonne, shampoing, bétadine, pommade, protège avec des pansements, qui, je sais, ne vont durer qu'au mieux quelques heures...
 Srey Keo étonnante de patience et d'attention. Qui sait la relève semble assurée ? 
Voilà un post que j'aurais effectivement aimé ne pas avoir à écrire...

Ps: Même en comptant ton vote, Pierric, le résultat ne change pas !