jeudi 20 septembre 2012

Etre né quelque part

Ici ou là, ailleurs ou là bas,
Au Cambodge, 43 enfants pour mille meurent avant l'âge d'1 an, ils sont 3,8 pour mille en France, 51 enfants pour mille avant l'âge de 5 ans, ils sont 4 pour mille en France.
Ils meurent d'infections pulmonaires ou de diarrhées, juste parce qu'ils sont nés ici et pas là bas.
Les femmes sont 250 pour 100 000 à mourir au cours de leur grossesse ou de leur accouchement, elles sont 8 pour 100 000 en France, simplement pour être nées là et pas ailleurs.
Et pourtant, la couverture vaccinale de base n'est pas si mauvaise, similaire à celle de la France, aux alentours de 92%. 
La promiscuité, les mauvaises conditions d'hygiène (31% de la population ont de "vraies" toilettes), les carences alimentaires, le coût des soins et leur difficulté d'accès, la rareté ou l'absence de personnel médical formé (peu de médecins spécialistes, peu d'imagerie de diagnostic), la prolifération de cliniques privées (comme l'est dans le domaine de l'éducation l'explosion des écoles privées) ne permettent pas à ce pays de sortir la tête de l'eau. En tout cas pas encore...
Loin de ces chiffres, une histoire...
Il était une fois ma soeur de coeur, nounou Srey, je ne vous la présente plus (Si ? Ha bon ? Un rappel? Allez voir ici http://blogdemarieo.blogspot.fr/2010/09/on-ne-marche-jamais-en-vain_16.html
ou là 
http://blogdemarieo.blogspot.fr/2011/09/phaoun-srey-bong-srey.html
En juin dernier, nounou Srey est réveillée en pleine nuit saisie d'une violente douleur dans le ventre, elle s'affole, pense simplement qu'elle va mourir, et laisser là et pas ailleurs sa fille Srey Keo.
Elle va voir un médecin à l'hôpital attribué par le gouvernement, une consultation et une échographie plus tard, le diagnostic est sans appel : il faut enlever le rein ! 
Nounou Srey a peur, très peur, quel est ce mal si terrible qu'il faille lui enlever un rein ? 
Alors elle appelle à l'aide, et la toile autour d'elle se tisse et s'active, nouvel avis de médecins français, appel aux dons, les amis, l'association Elephant Blanc puis l'association Caritas tendent le filet. 
Nouvelle consultation, nouvelle échographie, oui on peut soulager une banale mais tellement douloureuse colique néphrétique autrement qu'en mutilant un rein qui fonctionne...son calcul s'en est allé après une intervention au laser
Et maintenant ?
Reste un problème de calcul vésiculaire, je l'ai accompagné à une consultation dans LA clinique des expatriés, celle des "foreigners " et des riches cambodgiens, un jeune médecin kmer ayant étudié en France (la référence ici et pas forcément ailleurs !) a estimé urgent d'attendre, se laisser le temps, un nouvel examen dans quelques mois et ...
Quand aurait -il été autrement, ici, ailleurs ?

http://www.youtube.com/watch?v=cFUc34s0Wl8


mercredi 19 septembre 2012

Mise en bouche


Vous n’aurez que l’eau à la bouche, juste de quoi vous faire couler un petit filet de salive envieux et impatient  au coin de  vos lèvres.
Je vous l'ai toujours dit, franchi les portes de l'Asie, nous ne sommes pas vraiment sur la même planète. Mais ce que je vous ai caché jusqu’alors c'est qu'ici les  journées n’ont pas le même nombre d'heures, y'en a moins ! Vous ouvrez un œil le matin et déjà vous voila en train de vous affaler sur votre lit en vous demandant comment tout ce temps est passé si vite.

Alors pour vous mettre en appétit:



Une escale à Ho Chi Minh ville où on se demande si les 8 millions d’habitants vont y survivre


















Une nounou émue qui m’attend de pied ferme (bon d’accord moi aussi j’étais très émue) photo censurée !

Des retrouvailles avec un tas d’enfants,  et un neveu qui se découvre un talent de grand comédien
 et de grand pédagogue !

La traditionnelle bénédiction à la pagode

Les constructions qui n’en finissent pas, le nouveau pont japonais avance petit à petit, petit à petit, petit à petit...

et les tours à la Bangkok ont du mal à quitter leur voile de mariée.




 Le chemin de l’orphelinat s’est assagie, plus grand, plus large, plus confortable, 













  
 L'orphelinat a fait un lifting, un peu plus de béton mais beaucoup moins de boue et de bobos

Les petites filles y construisent toujours les plus belles maisons de poupées du monde ! 


pour les Barbies qui les font toujours autant rêver (que toutes les saintes patronnes féministes me pardonnent!) 

Et le palais royal est devenu pour un temps le paradis des fées dansantes ! 



 Un autre jour le plat de résistance ! 

jeudi 13 septembre 2012

Retour en terre connue





Depuis une semaine, la valise est ouverte  au milieu du salon et au hasard des allers retours devant la penderie, j’y jette quelques vêtements épars. Je pourrais aussi bien n’emporter qu’un sac à main, si ce n’était les cadeaux que je suis chargée de remettre aux enfants, puisque j’y retourne ou plutôt  je reviens. Non pas "chez moi", je ne perds jamais de vue que je ne suis qu'une invitée, mais comme on va chez sa meilleure amie, chez sa sœur, chez ses enfants, dans ces lieux où l’on se sent accueillie même si on y passe inopinément. Là où on se pose un moment, pieds nus, à s'offrir un café, à rêver à sa vie, à refaire le monde et à médire sur la voisine. Non, pas "chez soi" mais "comme chez soi"...  

Là bas, des choses ont changé, Sopheak est en devenir d’être un très grand musicien, notre Souricette est rentrée à  Kho Kong, l’orphelinat s’est fait un lifting,  nos jeunes se sont éclatés chez les Tiny Toons, il y a eu des bacheliers et d'autres qui n'en sont pas, et "my sister" nounou Srey n'a rien perdu de son intégrité.  

Mais il faut être patient, vous n'en saurez pas plus avant la semaine prochaine ! 


A la demande de quelquezunszunes voici la-plus-moche-valise-du-monde appelée ainsi affectueusement, mais promis demain elle sera bouclée ! 

samedi 12 mai 2012

La mémoire blessée


 "A voix nue" c'est le titre d'une série d'émission programmée sur France Culture du lundi 14 mai au vendredi 18 mai à 20h. Trente minutes qui donnent la parole à Rithy Panh, grand cinéaste cambodgien.
Né en 1964 à Phnom Penh, Rithy Panh n'a que 11 ans lorsque les khmers rouges plongent le Cambodge dans l'horreur.  Son père, instituteur puis inspecteur d'école primaire et toute sa famille vont  être envoyé dans les camps de travail des khmers rouges, véritables machines à écraser, humilier, torturer, affamer le peuple khmer. Rithy Panh va perdre ses parents et une partie de sa famille. Rescapé, il rejoint les camps de réfugiés en Thailande en 1979 puis arrive en France l'année d'après. Il est alors sidéré et va, pendant un temps, tenter d'effacer le cauchemar qu'il a vécu, jusqu'à oublier sa langue maternelle. En vain. Il décide alors de se consacrer à un travail de mémoire, et se dédie au cinéma. Plantant des études de menuiserie il entre à l'institut des hautes études cinématographiques. Avec une série de documentaires et de films  ("Les gens de la rizière", "Un soir après la guerre", "La terre des âmes errantes", "S21 la machine de mort khmère rouge", "Un barrage contre le Pacifique", " Dutch le maître des forges de l'enfer", pour quelques uns d'entre eux) il veut témoigner, comprendre, donnant la parole aux victimes mais aussi aux bourreaux.
Lundi, branchez vous sur France Culture . Ecoutez Rithy Panh. Il se raconte. Ses années de terreur, ses rencontres, ses questions, ses souvenirs. Il évoque la dignité de son père qui, ultime geste de résistance, s'exprimera en français, à l'heure où le simple fait de porter des lunettes ou  parler une langue étrangère était synonyme de condamnation à mort. Il parle de sa mère et de l'immense respect pour elle dont les dernières paroles furent : 
"Lève-toi et marche". 
Entendez la voix nue de Rithy Panh et sa mémoire blessée.









samedi 31 mars 2012

De la musique avant toute chose

"Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l'entraide et la solidarité visant à un but commun: l'épanouissement de chacun dans le respect des différences" *
Sopheak dessine, Sopheak joue de la musique, Sopheak sourit...
Lors de notre première visite à l'hôpital Calmette et le sombre diagnostic de l'ophtalmologiste, nous nous étions promis d'accompagner Sopheak à une deuxième consultation dans un autre service.
Je suis rentrée en France, Eléna s'est installée à Siem Reap....et s'est renseignée.  L'hôpital de Takéo, petite ville provinciale à environ 75 kms de Phnom Penh, jumelé avec deux hôpitaux français et la fondation Mérieux, semblait y avoir un  service ophtalmologie reconnu. 
Lors d'un retour sur Phnom Penh, Eléna a organisé le rendez vous à Takéo, le trajet, et l'intendance, vous n'imaginez même pas les torsions du cerveau qu'il faut pour mettre d'aplomb tout ça ! 
Sopheak a donc pu avoir un deuxième diagnostic... qui confirme le premier, pas de certitude sur l'évolution de sa pathologie mais la perte irrémédiable de sa vision. Sauf qu'il est ressorti cette fois avec des lunettes qui vont  peut être lui redonner un tout petit peu de champ visuel.
Dans sa lancée, Eléna a pris contact avec un bonze  musicien non voyant d'une pagode de Phnom Penh et l'a convaincu (ha! le charme italien !) de venir à Kien Kleang pour y donner des cours de musique. Il a encore fallu l'énergie des marraines, Laurence, Marielle, Kani, pour redonner vie à des instruments traditionnels qui dormaient dans une remise de l'orphelinat, arranger les derniers détails, mettre en place les cours, et prévoir les allers retours du professeur. Encore une série de noeuds à la tête.
D'autres projets sont en discussion avec Sopheak, ses envies, ses désirs, son devenir. Nous avons déjà fait un bout de chemin, nous marchons avec lui et nous ne lui lâcherons pas la main.
 
Merci à Laurence, Kani et Pascale pour le prêt de leurs photos.


* Françoise Dolto

mercredi 21 mars 2012

Souricette

Souricette, c'est le doux nom de Yolle, celui que lui donne affectueusement Anne Marie. Yolle, la souricette, le malicieux lutin de Kho Kong. 

Rappelez vous, je vous en ai déjà parlé de cette petite fille, de son hospitalisation de plusieurs mois pour une opération lourde du genou. Des semaines passées en rééducation, à réapprendre, se tenir droite,  faire un pas puis un autre,  plier sa jambe,  s'agenouiller, se relever. Yolle et son incroyable envie d'être debout, sa volonté d'avancer malgré la douleur. Après sa première intervention et jusqu'à la consolidation de ses os,  elle n'a plus le droit de sauter ni de courir, quelle contrainte pour elle,  petit feu follet bondissante et audacieuse.  Alors,  durant ses longues heures d'immobilisation,  la souricette, privée de ses entrechats, va s'acharner à étudier, le français, l'anglais, le calcul, avec Anne Marie toujours auprès d'elle.
Anne Marie lui ouvrira  grand la porte de la lumière, la nourrissant de riz, de gâteaux et de poulet mais plus encore de lectures, de savoirs, de rires et de jeux. 

Yolle à l'hôpital de Khanta Bopha

Yolle en visite à Kien Kleang en octobre 2010.

Yolle est arrivée à l'orphelinat de Kho Kong au cours de l'année 2009 avec ses deux soeurs et son frère. Ses parents, trop pauvres, ont préféré les confier à l'orphelinat. C'est ainsi au Cambodge, les orphelinats sont aussi  le lieu où les enfants ont une chance d'être nourri et scolarisé. Heang avait alors 12 ans et n'avait jamais été à l'école, Tuor présentait de nombreuses cicatrices dont on ne peut que supposer l'origine, Yolle traînait une jambe handicapée d'un genou gonflé et déformé.
 
Heang, Seiha, Huor et Yolle à leur arrivée à l'orphelinat de Koh Kong mi-2009

Les soeurs et frères ont pu manger, se laver, aller à l'école, jouer à des vrais jeux d'enfants, Yolle a pu être opéré,  a recommencé à courir et à sauter, elle a rencontré sa grande amie, Chan arrivée quelques mois après elle avec comme bagage un sac lourd d'une histoire douloureuse. Leurs parents gardaient le lien, leur rendant visite de temps en temps.
Et puis cette semaine nous avons appris que la fratrie a été rendue totalement à leurs parents, Heang et Seiha sont retournées vivre avec leur père dans la campagne de Kho Kong,  Huor et Yolle ont été emmenés par leur mère qui vit en Thaïlande, pas loin de la frontière. La raison de leur départ reste mystérieuse, les parents auraient entamé des démarches administrative pour reprendre les enfants. Le directeur de l'orphelinat de Koh Kong (si peu présent qu'on finit par l'oublier)  aurait accédé à leur demande, ouvrant le parapluie en faisant signer un document à la famille le dégageant de toute responsabilité.
On pourrait s'en réjouir, malgré la négligence, malgré les difficultés, malgré la misère, oui on pourrait se réjouir de la place retrouvée de ces enfants auprès de leurs parents.
Mais en réalité nous sommes inquiets, terriblement inquiets.
Nous ne savons rien des nouvelles conditions de vie des enfants. Rien ne nous confirme ou infirme que celles ci aient effectivement évolué depuis trois ans.
Vont-ils retourner à l'école?  Quels vont-être les liens entre les enfants partagés entre leur père et leur mère? Quel avenir pour Yolle et Huor en Thaïlande? Quel sera le quotidien des deux soeurs, l'aînée et la plus jeune à quelques kilomètres de Kho Kong? Comment va réagir Chan la grande copine, à l'absence de Yolle?
L'environnement sécurisant de l'orphelinat leur a permis de grandir, leur garantissant les soins de base et  une stabilité nécessaire à leur développement social, affectif, intellectuel et physique.
Nous espérons que ces années auront construits autour d'eux un socle solide qui leur permettra de trouver le juste équilibre. Et que souricette continue à se tenir debout.


 été 2011
Chan la grande copine

jeudi 29 décembre 2011

Quartier libre


J'ai mis mon képi dans la cage
et je suis sortie avec l'oiseau sur la tête
Alors
on ne me salue plus
a demandé le commandant
Non
on ne salue plus
a répondu l'oiseau
Ah bon
excusez-moi je croyais qu'on saluait
a dit le commandant
Vous êtes tout excusé tout le monde peut se tromper 
a dit l'oiseau.
(Jacques Prévert)

Je vous souhaite à toutes et à tous, une très belle année 2012, 


de l'amour et de la joie, 
des rires et de l'émotion, 
des envies et des rêves, 

de l'énergie et de la curiosité, 

des voyages et de la sagesse,
   des partages et de l'étonnement,

de la tendresse et des rencontres, 


de la solidarité et de l'humanité...

Oui une très belle année 2012...