dimanche 13 octobre 2013

Fashions victims

Ce matin, l'air est chargé de cette particularité des dimanches à Kien Kleang, quelque chose d'indéfinissable, promesse suspendue d'un lendemain, halte bienvenue dans le fracas de ce monde.   

Comme chaque semaine, Sovann, l'éducateur de l'association, organise la distribution de fruits proposés à tous les jeunes de l'orphelinat. Un complément nécessaire dans une alimentation carencée.
Mais aujourd'hui, l'animation est autre part. Les élèves d'une école de coiffure de Phnom Penh se sont installés dans la cour pour offrir de leurs mains débutantes le plaisir d'être vus.
Shampouinés, massés, lissés, frisottés, les cheveux font peau neuve.
Les filles et les garçons réclament la dernière coupe à la mode, princesses énigmatiques de feuilletons ou look boys bands, c'est un festival made in Corée*.




 

 


J'aime ces jours où s’égraine en douceur le souffle du temps.

A lire un article sur la mode venue de Corée qui inonde le Cambodge

samedi 12 octobre 2013

Lessivé !


A Kien Kleang, le week end c'est le temps de la lessive. Ici, pas de mamans qui ramassent les vêtements sales semés en tas derrière une porte, pas de machine à laver à multiples programmes, pas de sèche linge, ni même de pinces à linge. La mousson rend l'exercice encore plus périlleux, il s'agit de s'y prendre assez tôt pour ne pas subir les pluies diluviennes de fin d'après midi.
Chacun, petit et grand, fille et garçon, est responsable de son linge, lavage à la main et à l'eau froide avec bien souvent si peu de lessive que le rinçage n'est qu'une simple formalité.

Sur des étendages récupérés, rafistolés, des cadres de lit customisés, chemises, uniformes, pantalons, jupes ou sous vêtements....






...cherchent leur place au soleil...

jeudi 10 octobre 2013

Alors on danse

Cet après midi, la rue qui longe le sinistre musée Tuol Sleng, bruisse du souffle rédempteur d'une jeunesse en éveil.
Nous sommes au DP Artistic Club, où l'on enseigne le chant et la danse. 

Fondé par un ancien pensionnaire de Kien Kleang qui a "réussi" sans jamais oublier d'où il venait, ce lieu ouvre gratuitement tous les après midi, une parenthèse aux jeunes de Kien Kleang. 
A deux pas du symbole de la destruction programmée du peuple khmer, les rires et les soupirs effacent les années de silence. 
Les nuques s'élèvent, les mains  se courbent, les dos se cambrent, les chevilles s'envolent. Le geste est répété, encore et encore, impulsant le corps comme un arc tendu jusqu'au point de rupture. Infini et absolu.
Les khmers dansent, pour avoir la paix, des pluies abondantes, la chance dans leur maison...
Ils dansent pour oublier, la fatigue, le malheur, la pauvreté, la faim... Ils dansent pour se souvenir, du passé, des anciens, des morts... 
Les danseuses Apsara, médiatrices entre le ciel et la terre, sont toujours au coeur de la culture khmer. Le roi du Cambodge a toujours une troupe à disposition, présente à toutes les représentations officielles. Sous le régime khmer rouge 90% des danseuses et musiciens Apsaras ont été exterminés. On estime que seulement 200 partitions ont pu être sauvées, un précieux patrimoine qui alimente des prestigieuses écoles de danse Apsara à travers le monde. 

Cette danse sacrée, forme sensuelle de la vénération des ancêtres et des dieux est la star incontestée.
Si l'Apsara est uniquement féminine, les hommes participent volontiers aux nombreuses danses populaires qui rythment les fêtes et les cérémonies. Elles évoquent des scènes de la vie quotidienne, la cueillette des noix de cocos, la récolte du riz ou la pêche dans le fleuve.
Le cours est d'abord un exercice de concentration...

Aujourd'hui, c'est la pêche miraculeuse, enlevée, joyeuse, abondante. Les filles enchaînent les séquences, reprennent leurs pas, la pluie couvre à grands fracas le chant du professeur. 
Mais elles respirent, et dansent, dansent, dansent... 

















mardi 8 octobre 2013

Mes préférences

Nous sommes au Cambodge, 
le pays où le handicap est un fardeau pour les familles.  
Nous sommes au Cambodge, 
le pays où la différence est considérée comme le résultat d'un mauvais karma, 
la conséquence de mauvaises actions de sa vie d'avant.
Alors au mieux les enfants sont cachés, au pire ils sont abandonnés. Certains font de belles rencontres et trouvent leur chemin *, d'autres sont envoyés mendier chez les touristes.
Les chiffres ne disent rien, il y aurait entre 10 000 à 20 000 enfants malvoyants et malentendants, deux tiers d'enfants handicapés ne seraient pas scolarisés, quant à la trisomie 21, elle reste invisible.
Bien sur, une loi spécifique a été votée, le gouvernement a ratifié la convention de l'ONU sur les droits des personnes handicapées, l'UNICEF a formé des professeurs pour enseigner dans des classes accueillant des enfants avec handicap.
Mais nous sommes au Cambodge, le pays où ...
Chany et Chana* avaient, depuis l'année dernière, l'opportunité d'aller à l'école de l'association Krousar Thmey.  Une chance pour elles, l'ouverture à une communication gestuelle comme une brèche dans leurs bulles. A cette nouvelle rentrée scolaire, Chany et Chana ne sont pas inscrites à l'école. Je les trouve, errant dans l'orphelinat, sales, leurs vêtements encore humides, sentant l'urine, entassés dans leurs tiroirs, et la tête couverte de poux. 
J'attrape Sovan, notre éducateur, au passage, déchausse mes tongs, joins mes mains, plaque mon sourire le plus niais, et rentre dans le bocal du cornichon *.
Depuis son avènement et le départ de Gneup, c'est madame cornichon qui est sensée s'occuper des jujus. 
Le dialogue qui suit est totalement surréaliste, monsieur cornichon ne se rappelle plus de rien, il ne sait rien, il n'y peut rien, il ne fera rien. Chany et Chana ne sont pas scolarisées mais peu importe, elles sont là de toute manière , elles mangent, elles dorment, elles ont un lit et une assiette. Quoi d'autre ? 

Et si l'on parlait aussi de Nun Nan, atteinte de trisomie 21 ? Qui a quitté l'orphelinat une année pour rejoindre un centre d'handicapés lourds, sans que l'on comprenne pourquoi et qui est revenue sans que l'on comprenne non plus pourquoi.
Nun Nan placée à Kien Kleang par le gouvernement, il y a une dizaine d'années, pour échapper à un sordide trafic d'êtres humains.
Nun Nan? elle ne comprend pas, elle est débile non ? Elle est là de toute manière, elle mange, elle dort, elle a un toit et une assiette. Quoi d'autre?
Les jumelles sont douchées, shampouinées, elles ont une jolie coupe courte, leurs vêtements sont propres.
Et surtout elles sont à nouveau inscrites à l'école de Krousar Thmey 


Nous allons nous occuper de Nun Nan, pour qu'elle trouve aussi son chemin...
Nous sommes au Cambodge, 
le pays où la colère n'a de sens que si elle est juste.


Sopheak:
http://blogdemarieo.blogspot.fr/2013/04/le-bout-du-chemin.html
Chany et Chana:
http://blogdemarieo.blogspot.fr/2013/04/parce-quelles-le-valent-bien.html
monsieur cornichon:
http://blogdemarieo.blogspot.fr/2013/09/monsieur-cornichon.html

lundi 7 octobre 2013

A ne pas manquer...

...."L'image manquante" film de Rithy Panh mercredi 9 octobre à 20h50 sur Arte

(Texte repris pour la présentation du film sur le site d'Arte)

"Mon enfance, je la cherche, comme une image perdue. Ou plutôt, c’est elle qui me réclame. Est-ce parce que j’ai 50 ans ?" Ce passé qui remonte comme une vague trop forte, c’est la vie brisée d’un jeune Cambodgien de 13 ans, qui en quelques mois, sous le régime des Khmers rouges, voit disparaître la plus grande partie des siens et survit en côtoyant quotidiennement la mort et l’horreur dans des camps de travail. Mais c’est aussi le bonheur tranquille anéanti par le génocide, "le monde d’avant, de la musique, de la douceur, de la famille", dont le souvenir n’est pas moins dangereux pour qui l’a irrémédiablement perdu. Ces images qui brûlent dans la mémoire ? le crime de masse, la maison familiale à Phnom Penh ? demeurent à jamais introuvables dans la réalité. Alors le cinéaste narrateur les fait revivre à sa manière. "Avec de la terre et de l’eau, avec les morts, les rizières, avec des mains vivantes, on fait un homme. Il suffit de pas grand-chose. Il suffit de vouloir. Son costume est blanc, sa cravate sombre. Je voudrais le tenir contre moi. C’est mon père…" Par la magie du cinéma, l’épure du commentaire, le talent d’un sculpteur, qui fait naître sous l’œil de la caméra personnages, décors et accessoires de glaise, puis les peint avec minutie, Rithy Panh parvient à évoquer, avec une émotion puissante et toujours contenue ce qui, pour tant de rescapés, demeure indicible : les souffrances vécues jour après jour, la douleur du survivant, l’amour pour ceux qu’on a perdus. Contrepoint des images de propagande filmées par le régime, ses minuscules poupées d’argile, animées d’une étonnante humanité, restituent toute l’inhumanité des quatre années de terreur khmère rouge.

Dans la vingtaine de films, documentaires et fictions, qu’il a réalisés avant L’image manquante, et dont la plupart, directement ou pas, évoquent le génocide et ses fantômes, jamais Rithy Panh n’avait raconté son histoire ou celle des siens à la première personne du singulier. Mais avec l’écrivain Christophe Bataille, également auteur du commentaire du film, il l’a exposée dans un livre terrible, L’élimination, paru en 2012 chez Grasset. Il y explique comment sa longue confrontation avec Duch, le directeur du centre d’extermination S21, l’a replongé dans les gouffres du passé, l’obligeant à regarder en face sa propre tragédie pour en faire le récit. L’inlassable enquêteur qui, depuis vingt-cinq ans, traque la vérité du régime khmer rouge, a ainsi le courage de retourner la caméra vers lui. Avec pudeur, humour, et la déchirante poésie de ses reconstitutions d’argile, il offre en partage au spectateur sa fragilité d’homme, conjurant le silence et l’oubli que les bourreaux de tous les temps s’efforcent d’imposer derrière eux.


dimanche 6 octobre 2013

Là !


L'arrivée à Phnom Penh est, pour moi,  à chaque fois, une intense émotion. En apercevant enfin la terre du Cambodge, je reprends ma respiration; comme si pendant les 15 heures de vol j'avais retenu mon souffle et que j'aspirais à nouveau à grandes goulées l'air d'ici.
Le survol à l'atterrissage hier matin m'a profondément bouleversé, le Cambodge est noyé sous les eaux tumultueuses d'un Mékong en colère. Les habitations ne sont plus que des coques de noix perdues dans une immensité liquide, les rizières parcellent leur vert dans cette marée boueuse, les arbres seuls tirent leur révérence à la lumière du ciel.
Sans être comparable au désastre des crues d'octobre 2011, cette mousson tant attendue est encore une fois redoutée. Près de 9 000 familles ont du quitté leur logement, des villages entiers sont à reconstruire, mais aussi les écoles et les centres de soins. Les plants de riz et les potagers sont à replanter.

Au moment où le Cambodge termine la grande fête religieuse de Pchum Ben*, dans ce surprenant chassé croisé de la population, après une période électorale troublée, le pays va de nouveau devoir redresser la tête.   


La fête de Pchum Ben :
http://blogdemarieo.blogspot.fr/2010/10/pchum-ben_08.html

mercredi 11 septembre 2013

Monsieur Cornichon

Tous les regards s'étaient tournés vers lui et le public se mit à rire gaiement, du reste sans hostilité. On le trouvait simplement cornichoncucul la rainetteratapoil et rantanplan.
Read more at http://www.dicocitations.com/citation.php?mot=cornichon#003F4cCYjXpRz1if.99

Cornichon : Plante qui pousse dans les bocaux remplis de vinaigre...

 

Il était une fois la fin d'un  règne...

En place depuis 20 ans à l’orphelinat de Kien Kleang monsieur vinaigre* est parti en retraite fin août, sa cave regorgeant de riz,  son garage de vélos et sa maison de ventilateurs ... 
Lui succède, monsieur cornichon... 
L'ex directeur adjoint, trempé dans le vinaigre depuis trop longtemps, a vu sa tête enfler telle une grosse pastèque, une fois la couronne posée sur son crâne. 
20 années d'humiliation, de soumission, et de jalousie ont donné à monsieur cornichon  l'amertume nécessaire à une funeste revanche. 
Alors pour marquer son territoire, et affirmer son pouvoir, il a pris dès son intronisation,  des mesures spectaculaires:
  • Expulsion avec exécution immédiate de Gneup*, la nounou employée par l'association et de son fils Raksmay. Installée depuis septembre 2010 à Kien Kleang, Gneup avait en charge le pavillon des filles qu'elle animait d'une belle et joyeuse présence.
Gneup et Raksmay à leur arrivée à Kien Kleang en septembre 2010
  • Expulsion de 3 jeunes, Mida, Saly et Kem Leang, accusés à tort de vol d’ordinateur (comme si les ordinateurs à Kien Kleang étaient choses courantes et ordinaires !). Cela, sans qu’aucun d'eux ne sache où aller.
  • Interdiction aux jeunes de sortir de l’orphelinat, en dehors des heures d’école, même pour se rendre à leur cours d’anglais, à leur stage pratique, voire à leur petit boulot pour certains. Les grilles de l'orphelinat ont été fermées, et obstruées par des tôles masquant la vue extérieure sur la route et le Tonlé Sap. 
  • Projet de déménagement des 18 jeunes filles de leur pavillon (restauré depuis deux ans) pour un local minable qui pour l’instant n’est qu’un sordide rangement à vélos. Le pavillon étant réquisitionné pour en faire un réfectoire.

  • Demande explicite de 250 dollars de bakchich par mois pour ses petits frais personnel et arrondir ses fins de mois.
  • Et dernière minute, suppression des petits déjeuners que nous avions mis en place depuis 5 mois, alors que ce repas était entièrement financé par l'association...
Nous avons dû réagir rapidement, l'urgence étant de trouver une solution pour que personne ne se retrouve à la rue.
Nous avons fait appel à une association SokSobaï* qui a aussitôt accepté de nous aider en hébergeant Gneup, Rakmay et Sally. Gneup a déjà trouvé sa place et les enfants sont inscrits dans une nouvelle école. 
Sovann, l'éducateur que nous avons embauché en mai dernier a réussi à faire différer le renvoi de Mida et Kem Leang et permettre aux enfants de se rendre à leur cours d'anglais. 

Des solutions sont à inventer, certaines déjà émergentes, location d’une « maison d’étudiants » pour les jeunes majeurs, intégration de nos parrainés mineurs au sein d’autres associations tout en maintenant notre accompagnement et notre parrainage. Nous devons réfléchir, vite et intelligemment. Le Cambodge est en mouvement, insaisissable, et ce qui est vrai aujourd'hui ne le sera peut être plus demain.


L'orage gronde, les nuages menacent, 
à nous de faire gagner la palette bleue du ciel...

Monsieur vinaigre:
Gneup:
Soksobaï 
www.soksabay.com