samedi 23 août 2014

L'effet papillon

Il a suffit de pas grand chose pour que ce passage à Phnom Penh soit cette année, transformé. 
Juste un battement d'aile de papillon dans la cour de l'orphelinat : un simple non à la demande pressante, même pas voilée, d'argent sonnant et trébuchant du directeur pour son seul profit. 
Le refus de l'association de participer à la corruption qui sévit de façon endémique au Cambodge, a bousculé le lien que nous avions avec l'orphelinat de Kien Kleang.
Nous ne sommes plus dans les murs, mais le cordon n'est pas pour autant coupé avec les jeunes. Trait d'union entre eux et nous, "l'espace EB" (*1) que nous avons installé il y a quelques mois à une centaine de mètres de l'orphelinat. Un appartement lumineux et spacieux avec une grande cour, au fond d'une paisible impasse. Grâce à ce lieu où elle vit désormais, Gneup  a pu retrouver son fils Raksmay (*2) et véritable sentinelle, elle veille sur la discipline et la propreté du local.


Chaleureux et ouvert à tous, livres, revues, ordinateurs avec internet, guitares, jeux sont à disposition. Un cuiseur plein de riz toujours chaud est branché en permanence.
Bien sur, les plus autonomes des enfants de Kien Kleang viennent régulièrement mais aussi les enfants du quartier. Ceux qui vivent dans les gargotes du bord de la route, bâche de plastique tendue entre 4 montants de bois, ou cloisons de tôle, sacrifiant les corps à la chaleur et la pluie, la promiscuité et  l'insécurité.
Chaque soir de la semaine un jeune khmer vient dispenser des leçons aux plus petits, qui ne savent pas lire, ni écrire ni même réciter leur alphabet. Des bénévoles se relaient pour faire vivre le centre et trois fois par semaine, c'est Matt, anglais expatrié à Phnom Penh, qui donne les cours, niveau débutant ou confirmé, carton plein à chaque séance.










Je ne peux m'empêcher de retenir mon souffle quand, passé le pont japonais, je laisse sur ma gauche la route de l'orphelinat pour prendre le chemin d'en face. 
Juste un battement d'aile de papillon qui emporte dans le vent un gout de poussière et emballe mon coeur. Un petit bout de moi quelque part là, 
                                      au bord du fleuve... 
                                                                     en suspens...

Précision: Pour des raisons de tranquillité des jeunes de l'orphelinat qui viennent au local EB, il n'y aura pas de photos d'eux sur ce blog. En effet, le directeur  de Kien Kleang exerce sur eux des pressions pour limiter voire interdire leurs venues. Les photos sont celles des enfants du quartier.
(*1)  Association Eléphant Blanc : Site:  http://elephantblanc-cambodge.com
                                               Facebook: http://www.facebook.com/EB.association
 (*2)  http://blogdemarieo.blogspot.com/2013/10/de-retour.html

vendredi 22 août 2014

O' Russey

Le marché O'Russey c'est le marché des khmers, situé à quelques rues du Psar Thmey (*), c'est un vivier incontournable de la vie des phnompenhois.









Dès poltron minet s'interpellent et se bousculent des centaines 
de vendeurs et acheteurs dans un labyrinthe d'allées et d'escaliers.
Ici, que des khmers, les seuls occidentaux aperçus, l'air hagard sont ceux qui ont confondu O'Russey et Russian Market, le marché russe, haut lieu touristique d'achat de tous les souvenirs qui chargent les valises des retours.
Ceux là ont dû mal prononcer ou ne se sont pas méfiés de l'absence de la brève (mais indispensable!) lueur dans les yeux du chauffeur de tuck tuck ou de moto. Et ils se retrouvent effarés, malmenés, dans cette immense fourmilière, cherchant la sortie au plus vite.
(Une parenthèse sur ma théorie "de-la-brève-mais-indispensable-lueur-dans-les-yeux-des-chauffeurs-de-tuck-tuck-ou-de-moto" : Lorsque vous annoncez votre destination à un chauffeur, regardez droit dans ses yeux, une étincelle, un éclat instantané, c'est gagné ! Vous arriverez à bon port rapidement. Pas d'étincelle, pas d'éclat instantané, bien sur il va vous dire "yes, yes I know" (parce qu'aucun chauffeur ne va vous dire que non il n'en sait fichtrement rien de là où vous allez!) mais en réalité, c'est foutu vous allez devoir vous armez de patience pour atteindre votre but, errant parfois à quelques mètres de votre destination, parfois à des kilomètres...Fin de la parenthèse)

J'aime aller au O'Russey,  parce que personne ne fait aucun cas de mon statut d'européenne, pas de blablas, pas de " can I help you ?" "do you need somethings ?", " buy somethings please ?" les affaires se font sans vous, pas de marchandages, ou si peu, pas de shopping superflu, les porteurs de colis vous marchent sur les pieds, vous heurtent sans même vous remarquer, les vendeurs lèvent à peine les yeux lorsque vous vous arrêtez à leur stand.
Je m'y perds à chaque fois,  le marché est sur deux étages, desservis par plusieurs escaliers à différents endroits de cette immense (et laide) construction (mais attention tous les escaliers ne donnent pas l'accès au premier étage), cherchant le coin des cahiers pour me retrouver à celui des chaussures, traversant pour la énième fois l'allée des tissus, moi qui ne coud jamais. Ça grouille, ça crie, ça s'interpelle, ça foisonne, les enfants jouent au milieu des étroits passages, les ados ricanent devant les échoppes de lingerie, les mamys tentent de vendre leurs quelques mangoustans ou leur gâteau de riz gluant enrobé dans des feuilles de bananiers. Il vaut mieux arriver tôt le matin. Quand la chaleur n'est pas encore brassée par les maigres ventilos qui vous renvoient au passage les fumets des pâtes de poisson fermenté, les odeurs de viande crue ou les effluves des épices colorées. Dès midi, l'effervescence ralentit, chacun s'installe dans le hamac, ou à même le sol sur une natte pour la sieste. Le marché ferme à 17h, dès 16h30, les marchands remballent, inutile alors de s'obstiner à leur réclamer le tee shirt ou le sac que vous avez repéré, ça ferme, circulez y'a rien à voir! 
















(*)Le marché central : http://blogdemarieo.blogspot.com/2013/10/psar-thmey.html

mardi 19 août 2014

Mais qu'est-ce qui fait courir les filles?


Elles étaient pourtant bien les jujus dans leur famille d'accueil pour les vacances...c'est là qu'elles voulaient être, s'enfuyant par deux fois de l'orphelinat pour rejoindre ce village à 40 kms de Phnom Penh. Elles avaient longtemps fait semblant, fait comme si, et puis un jour, elles sont parties (*).
Elles sont arrivées là, un peu par hasard, dans cette communauté rurale gérée par une petite association qui promeut l'agriculture vivrière. Elles ont adopté le chef du village reconnaissant en lui comme un grand-père. Raccompagnées à l'orphelinat, elles ont à nouveau fugué juste quelques semaines plus tard pour retrouver la famille qu'elles s'étaient choisi.
Placées depuis avril  en internat dans l'association Krousar Kmey, où elles étaient déjà scolarisées, elles sont parties pour le temps des vacances scolaires dans ce foyer prêt à les accueillir.
Et pourtant...un soir les jujus ont préparé leur sac, fourré quelques bricoles dedans, attrapé leur vélo, et ont parcouru les 40 kms de cette route poussiéreuse et dangereuse pour revenir à Phnom Penh...à l'orphelinat. 
Elles sont maintenant dans un centre d'accueil pour handicapés où les a placé le ministère des affaires sociales. Ce lieu accueille essentiellement des enfants présentant de lourds handicaps, les jujus vont devoir à nouveau se faire une place...


(*) http://blogdemarieo.blogspot.com/2013/04/parce-quelles-le-valent-bien.html

dimanche 17 août 2014

Il n'y a que Mya qui m'aille

A toi Eléna,


Mya a maintenant 3 ans, comme à chaque séjour au Cambodge je lui apporte du lait. Parce qu'un jour, alors qu'elle n'était qu'un nourrisson de quelques semaines, Eléna a croisé son chemin.
Mya est née avec une fente palatine, déjà délicate dans les pays occidentaux, la prise en charge de cette pathologie s'avère au Cambodge extrêmement complexe. De multiples difficultés comme les contraintes de l'alimentation, la distance avec les centres d'intervention, les exigences d'un suivi astreignant s'ajoutent à la souffrance de l'enfant et à la peur des parents. Mya a subit 4 interventions, sa mère est allée jusqu'à Siem Reap distante de 300 kms pour sa dernière opération. Des équipes de chirurgiens bénévoles se relaient pour assurer à Mya des soins de qualité mais les familles s’endettent  pour payer les transports, les hébergements, la nourriture. Mya devait absolument prendre du poids entre chaque intervention pour pouvoir bénéficier du programme suivant, suspendant le souffle de sa mère à l'aiguille de la balance. 
Elle devra attendre ses 12 ans pour une nouvelle chirurgie destinée à lui réparer la ligne de ses gencives. 
Donc comme à chaque séjour au Cambodge je lui ai apporté du lait. 
Le village était inondé, 

nous nous sommes installées un moment sur un banc et Mya s'est mise à parler. Menaçants sans faillir quiconque osait effleurer son sac de pack de lait...
Alors peut être ne pourra-t-elle jamais bénéficier de traitement d'orthodontie, ou de chirurgie esthétique, de soutien psychologique ou de rééducation orthophonique  mais franchement c'est une magnifique combattante... 



PS : Bon je le concède le titre est un peu tiré par les cheveux....


jeudi 14 août 2014

Nun l'irrésistible



Nun a pris son envol. Sortie de l'orphelinat de Kien Kleang en avril elle a intégré une des rares associations du Cambodge a proposer à de jeunes handicapés un lieu chaleureux où chacun peut dignement vivre de son travail. Pas loin du marché russe, cachée dans un dédale de petites ruelles, est installée une fabrique de confitures et sirops artisanaux des fruits du pays. Elle occupe une dizaine de garçons et filles présentant des troubles mentaux dont on ignore souvent le diagnostic, et dont jusqu'à présent personne ne se souciait.

Mais n'oublions pas, nous sommes au Cambodge, le pays où...(http://blogdemarieo.blogspot.fr/2013/10/nous-sommes-au-cambodge-le-pays-ou-le.html)

Nun a trouvé ici une vraie place, partageant son temps entre la participation à la confection des produits, et la vente dans le café shop à deux rues de là. 
Cette production naissante intéresse les restaurateurs et boutiques touristiques en recherche d'authenticité et de qualité. L'association a ouvert son propre point de vente, "L'irresistible Coffee" et propose petits déjeuners ou goûters copieux sur le concept de nos bons cafés gourmands français. 
Les jeunes sont logés dans une maison verdoyante à quelques pas, où une nounou veille en permanence. Les tâches quotidiennes sont partagées, et un temps de loisirs programmé chaque semaine. 
Nun se découvre une passion pour le rugby, le skateboard ou juste la farniente sur les plages du sud lorsque un week end se prolonge.
La fragile chrysalide s'est muée en une jeune femme droite et fière, malicieuse et éclatante qui nous a présenté ses amis et son travail avec le sérieux d'une douce victoire.










Si vous passez rue 454, arrêtez vous au n°174 pour partager un vrai café khmer, des confitures à tomber, mangues ou coco, ananas gingembre, ou fruits de la passion. 
Et ne loupez pas l'inauguration officielle le 5 septembre à partir de 16h30!
Les soutenir : 
Site de l'association : http://action-cambodge-handicap.org/

Facebook de l'association : https://www.facebook.com/pages/Action-Cambodge-Handicap-ACH/170409993057713

Merci à celles et ceux qui ont permis à Nun de déployer ses ailes.


mercredi 13 août 2014

Histoire du crapaud qui se voulait aussi intelligent que la dinde

Comment raconter l'irracontable.
C'est l'histoire d'un chef crapaud qui voulait virer les petites grenouilles de son fief.













C'est l'histoire d'une dinde qui passait par là et qui a cru qu'elle pourrait devenir la patronne de l'ordre des amphibiens.  









C'est l'histoire au petit jour d'une prise d'otages des humbles grenouilles par le vilain chef crapaud.
Quelques noirs cafards, appelés à la rescousse ont préparé un convoi pour fortement les convier à retourner dans leur lointaine contrée.
Oui...mais c'est l'histoire d'une armée de petites grenouilles qui a décidé que non, elles ne partiraient pas dans leur lointaine contrée parce que c'est ici qu'elles voulaient vivre et que c'est ici qu'elles avaient le droit de vivre.
Alors les petites grenouilles très courageuses sont vite parties voir le grand grand chef des batraciens et des gallinacées réunis et elles ont expliqué qu'elles ne pouvaient tout simplement pas s'en aller comme ça. 
Ici, elles avaient leurs copines grenouilles, leurs études pour devenir manager grenouille ou secrétaire grenouille ou interprète grenouille. Là bas dans leur lointaine contrée, il n'y avait pas assez de professeurs grenouilles pour leur apprendre tout ça. Tout était trop loin et trop pauvre et trop compliqué. 
C'est l'histoire des petites grenouilles qui par leur audace et leur vaillance ont gardé pour un temps leur place dans le fief du vilain crapaud. 

Il n'y a pas de morale à cette histoire, personne ne sait ce qu'il va advenir du vilain crapaud, des sinistres cafards et de l'orgueilleuse dinde ? 
Et me direz vous, d'ailleurs que vient faire la dinde dans cette histoire ? Rien, en fait, elle n'avait rien à faire là. Mais l'histoire dit qu'elle a trouvé le fief à son goût et que peut être elle s'y voyait couronnée. (Vous connaissez ces contes abracadabrantesques de dinde princesse qui embrasse le moche crapaud pour découvrir un beau et gentil prince charmant  non non finalement il est toujours aussi moche...)  

Alors qui est le dindon de la farce?  

lundi 11 août 2014

At home

Ma fille m'a dit un jour, que la maison ce n'était pas une histoire de mur, de toit ou de lieu, que la maison ce n'était que le lien que l'on tissait jour après jour avec les uns et pas les autres, avec celui là et pas celle ci. L'attachement à la terre ne serait qu'une langue de sable creusée par les vagues de nos propres incertitudes.
Alors on se sent chez soi pour peu que l'on soit avec ceux que l'on a choisit, n'importe où mais pas avec n'importe qui.
Des espaces que l'on ouvre, 
                 avec des portes et des fenêtres, 
                      des rideaux qui dansent au vent, dévoilant les regards qui s'offrent sans pudeur, 
         laissant sa place au silence, au temps des rires et des larmes, du partage et des rencontres.

Je suis de retour au Cambodge comme une évidence, une respiration, faite de ces petits riens, et qui pour toujours en feront ma maison.