samedi 19 septembre 2015

La belle au bois dormant

Il était une fois, une belle endormie, une "grande rivière d'eau douce"* qui était reconnue  comme la plus grande étendue d'eau douce d'Asie du Sud Est. Située en plein coeur du Cambodge, elle fait à elle seule venir tous les écologistes, biologistes, herpétologistes, ichtyologistes, ornithologistes, bref tous les "istes" du monde entier à son chevet. Respiration indispensable du pays, véritable Mère Nourricière des khmers, elle fournit 3/4 des pêches du Cambodge, permet la circulation lors de la saison des pluies lorsque les routes sont  impraticables, et laisse un précieux dépôt nutritif de sédiment propice à l'agriculture. 
Cette belle endormie sommeille les 6 mois de saison sèche, paisible et souveraine, elle s'étire, traversant le pays vers la capitale. Elle ne doit son réveil qu'à dame mousson et se regonfle alors de 4 fois son volume. Puissante et belliqueuse, elle envahit forêts et villages, champs et rizières et réussit même à inverser le cours de son lit refoulant ses eaux tumultueuses en son sein. 
Cette année, dame mousson n'est pas vraiment au rendez vous, son retour tardif et ses apparitions trop rares menacent l'équilibre de leur belle au bois dormant. Les khmers scrutent le ciel avec inquiétude, et s'impatientent de ce trop long sommeil. 

Ballade au bord du Tonlé Sap





 




Dans la forêt inondée, en septembre, l'eau devrait atteindre 2 mètres de plus.
Les femmes de la communauté du village attendent leur moisson de touristes, peu abondante à cette saison. 

* Traduction en khmer du nom du lac "Tonlé Sap"

Pour plus d'informations techniques sur le Tonlé Sap, il y a des tas de reportages et d'articles que vous pouvez consulter, je ne vous en voudrais pas ! 

lundi 14 septembre 2015

La Faim du Retour


Au fur et à mesure de l'année qui s'écoule, des jours qui s'empilent, mille feuilles consistant -un couche de bonheur-un glaçage de colère-un saupoudrage de fatigue-une bonne tranche de rire-un coulis de soucis,  un drôle de truc me grignote à l'intérieur.
Je l'appelle "La Faim du Retour", j'aurais aussi pu l'appeler "Le Début vers Ici", mais non. Car c'est un étrange animal, un alien compatissant mais néanmoins envahissant qui peu à peu ouvre son chemin de mes pieds à ma tête. Je le sens d'abord  au bout de mes orteils, un fourmillement, un grognement sourd, oui on rale, on réclame, des tongs, des claquettes, des nu pieds, enfin quoi, pas ces chaussures où on nous enferme. Et puis ça monte tout doucement, les jambes s'y mettent, elles ont froid, elles pâlissent et s'habillent de tas de poils pour se réchauffer. Le ventre gronde, y'en a marre du fromage et du vin rouge,  du riz et de l'Angkor beer sinon rien ! Le pire c'est quand " La Faim du Retour" arrive à la tête, s'insinuant dans les neurones, phagocytant les synapses, polluant les canaux ioniques et tel un hoax dévastateur, implacable elle va faire sa loi. 
Et là c'est trop tard, la Faim est ainsi, vous ne pouvez la calmer qu'en la nourrissant.


Vaincue donc, l'évidence a fait le reste, je suis au Cambodge et pour ma plus grande joie pour la première fois, en famille ! 

Ps:Ayez beaucoup de tolérance pour les deux vidéos de piètre qualité, je ne suis pas une grande fan des vidéos.

mardi 26 août 2014

Oudong, le dernier repos des rois.

Sur la route de Battambang à environ 40 kms de Phnom Penh se trouve Oudong, l'ancienne capitale du royaume khmer au 17ème siècle. Ce n'est pas vraiment une destination touristique, mais un haut lieu de pèlerinage pour les cambodgiens. Disséminés en haut de la colline "Phnom Udong" les stupas, ces monuments funéraires bouddhiques en forme de cône, contiennent  les cendres des anciens rois khmers. Et sont l'objet de vénération. 
Il ne reste plus grand chose de la gloire d'Oudong, ravagé par les guerres et la funeste période des khmers rouges. Le site est en constante rénovation, mais lors des rituels religieux ce sont des milliers de bonzes et de pèlerins qui affluent pour honorer la mémoire de leurs rois.
De bon matin, après avoir choisi soigneusement notre tuck tuck (pneus larges et bien gonflés, largeur de l'assise du siège, rembourrage), après avoir négocié le prix (aller/retour+attente sur place) nous avons chaussé nos masques (fort utile pour les routes où le bitume fait très souvent place à la terre, volatile et étouffante), et nous nous sommes lancées sur la piste du dernier repos des rois. 
Nous c'est Anne et moi. Anne est infirmière en retraite, je l'ai rencontré en octobre dernier, elle arrivait au Cambodge pour travailler une année dans l'orphelinat à coté de celui de Kien Kleang.(*) 
Il se trouve que, incroyablement, nous nous sommes découverts des connaissances communes, dans cette petite ville d'Aveyron où elle vit. Un an après elle s'apprête à rentrer en France, elle n'en a pas franchement envie.Son sourire, son humour, sa générosité, sa canne en bambou faite maison, sa chevelure blanche comme un flambeau ouvrent toujours le chemin des coeurs. Et dans la rue où elle loge, dans l'orphelinat où elle travaille, dans les gargotes et les commerces, elle trace tranquillement son chemin, saluée et respectée. Anne est une vraie gentille et ça se sait. 
Il n'y avait personne ce jour là, nous étions les seules touristes à déambuler dans le site, interpellées par quelques vendeurs de fleurs ou d'encens, de canettes ou de fruits.

 Nous avons grimpé des marches, flâné sous les arbres, nous avons levé nos têtes vers le ciel,
 courbé nos têtes vers les bouddhas, 
hoché nos têtes vers les vendeurs, 
nous avons déchaussé nos pieds en entrant dans les temples, 
chaussé nos pieds pour ne pas glisser sur les dalles, 
nous avons respiré à plein poumons,  retenu notre souffle devant la beauté des lieux,  

nous avons murmuré pour ne pas troubler la quiétude du moment, 
rigolé devant les "Manneken Pis"
étonné devant ce drôle de Bouddha
et demandé ce que pouvaient bien se raconter les deux mamans singes protégeant leurs petits
Après tout ça nous nous sommes installées pour manger, toujours seules dans un immense espace. Des centaines de nattes et de hamac sont prévus pour les repas et le repos des jours de célébration. 


Et puis il s'est mis à pleuvoir, 
A pleuvoir vraiment...
(*) Facebook : Anne au Cambodge pour "Enfants & Avenir"


lundi 25 août 2014

Leçon de vocabulaire

Trottoir :

  • Définition française: Partie latérale d'une rue surélevée par rapport à la chaussée et réservée à la circulation des piétons (Larousse)

  • Définition khmer: C'est quoi un piéton ? 








samedi 23 août 2014

Double cheeseburger !


L'effet papillon

Il a suffit de pas grand chose pour que ce passage à Phnom Penh soit cette année, transformé. 
Juste un battement d'aile de papillon dans la cour de l'orphelinat : un simple non à la demande pressante, même pas voilée, d'argent sonnant et trébuchant du directeur pour son seul profit. 
Le refus de l'association de participer à la corruption qui sévit de façon endémique au Cambodge, a bousculé le lien que nous avions avec l'orphelinat de Kien Kleang.
Nous ne sommes plus dans les murs, mais le cordon n'est pas pour autant coupé avec les jeunes. Trait d'union entre eux et nous, "l'espace EB" (*1) que nous avons installé il y a quelques mois à une centaine de mètres de l'orphelinat. Un appartement lumineux et spacieux avec une grande cour, au fond d'une paisible impasse. Grâce à ce lieu où elle vit désormais, Gneup  a pu retrouver son fils Raksmay (*2) et véritable sentinelle, elle veille sur la discipline et la propreté du local.


Chaleureux et ouvert à tous, livres, revues, ordinateurs avec internet, guitares, jeux sont à disposition. Un cuiseur plein de riz toujours chaud est branché en permanence.
Bien sur, les plus autonomes des enfants de Kien Kleang viennent régulièrement mais aussi les enfants du quartier. Ceux qui vivent dans les gargotes du bord de la route, bâche de plastique tendue entre 4 montants de bois, ou cloisons de tôle, sacrifiant les corps à la chaleur et la pluie, la promiscuité et  l'insécurité.
Chaque soir de la semaine un jeune khmer vient dispenser des leçons aux plus petits, qui ne savent pas lire, ni écrire ni même réciter leur alphabet. Des bénévoles se relaient pour faire vivre le centre et trois fois par semaine, c'est Matt, anglais expatrié à Phnom Penh, qui donne les cours, niveau débutant ou confirmé, carton plein à chaque séance.










Je ne peux m'empêcher de retenir mon souffle quand, passé le pont japonais, je laisse sur ma gauche la route de l'orphelinat pour prendre le chemin d'en face. 
Juste un battement d'aile de papillon qui emporte dans le vent un gout de poussière et emballe mon coeur. Un petit bout de moi quelque part là, 
                                      au bord du fleuve... 
                                                                     en suspens...

Précision: Pour des raisons de tranquillité des jeunes de l'orphelinat qui viennent au local EB, il n'y aura pas de photos d'eux sur ce blog. En effet, le directeur  de Kien Kleang exerce sur eux des pressions pour limiter voire interdire leurs venues. Les photos sont celles des enfants du quartier.
(*1)  Association Eléphant Blanc : Site:  http://elephantblanc-cambodge.com
                                               Facebook: http://www.facebook.com/EB.association
 (*2)  http://blogdemarieo.blogspot.com/2013/10/de-retour.html